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Ça s’est passé à l’Ordre
23.5.2013
Un développement concerté pour une vallée qui s’affirme dans le Grand Paris

Débat, jeudi 23 mai 2013 à 19h

Le 23 mai dernier, le territoire de la Vallée Scientifique de la Bièvre a fait l’objet du premier débat du cycle « Territoires d’industries » proposé par l’Atelier International du Grand Paris et l’Ordre des architectes d’Île-de-France dans le cadre des conférences sur les Métabolismes de la métropole, organisées à la Maison de l’architecture.

Reçus par Raphaële Perron, architecte et élue à l’Ordre d’Île-de-France et présentés tour à tour par Cyrille Poy, journaliste et animateur des débats, les intervenants ont échangé sur la Vallée de la Bièvre, territoire d’industries situé à mi-chemin entre Paris et Saclay. Hébergeant un pôle hospitalo-universitaire, des start-ups dédiées à l’innovation et de grands groupes pharmaceutiques, ce territoire « intermédiaire » fait aujourd’hui partie des pôles métropolitains à partir desquels se structure le développement urbain et économique régional.

Le rassemblement autour de la vallée

La Vallée Scientifique de la Bièvre (VSB) recouvre avant tout une réalité physique particulière. Des coteaux de Villejuif à ceux de Clamart, la vallée accueille des activités scientifiques depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ces activités se sont développées et permettent aujourd’hui au territoire de « participer pleinement à la dynamique régionale », comme le rappelle François Loscheider, Secrétaire général de la Conférence territoriale de la VSB. La force de la VSB a été de reconnaître très tôt sa spécificité, de dépasser rapidement les limites administratives de chaque ville pour favoriser l’avènement d’une véritable animation territoriale. C’est progressivement, par le biais d’une « agrégation d’acteurs », que le territoire a fait sens en tant que moteur d’urbanité. Dès 1999, une association de la Conférence territoriale de la VSB est créée. Elle est le fruit du rassemblement volontaire de 18 villes et 4 intercommunalités : l’agglomération du Val de Bièvre, l’agglomération Sud de Seine, l’agglomération des Hauts de Bièvre, la communauté de commune Châtillon-Montrouge, et les deux départements du Val de Marne et des Hauts-de-Seine. Partant de la topographie de cette vallée partagée et de l’héritage industriel commun, les acteurs de ce territoire ont ainsi décidé de s’unir.

Des bienfaits de « l’intelligence collective »

C’est en 2010, au moment du questionnement relatif à l’implantation du réseau haut débit, demandé par l’École Normale Supérieure de Cachan, que l’idée d’un travail collectif a germé parmi les acteurs économiques et politiques locaux. Cette dynamique a donné lieu à l’établissement d’une gouvernance des élus porteurs du projet de ce territoire. À plusieurs reprises, à la demande de François Loscheider, Pierre-Alain Trevelo, architecte au sein de l’agence TVK, a accompagné les réflexions des acteurs locaux. Il insiste sur la « vraie maturité politique » du territoire et sur la « capacité des acteurs à travailler ensemble, au-delà de l’échelle locale ». Cette aptitude particulière leur permet de se focaliser sur la compréhension des différentes composantes du territoire. Ce dernier s’adapte en permanence, au gré des échanges entre des élus « médiateurs » et des acteurs de terrain, insiste Jean-Marc Nicolle, premier adjoint au maire du Kremlin-Bicêtre et vice-président du Conseil d’administration de la VSB. Au travers du Contrat de Développement Territorial (CDT), dont l’adoption après enquête publique est prévue à l’été 2013, les élus ont marqué leur volonté de comprendre le territoire. Comme le rappelle Fabien Fabbri, Directeur général des services de la ville de Bagneux, ce contrat illustre la façon dont « la dynamique en cours profite à l’ensemble du territoire ». François Chevillard, Délégué général de Medicen Paris Région, association des acteurs de l’innovation en santé en Île-de-France, attribue le succès de la VSB à « l’intelligence collective » dont ont fait preuve tous les acteurs qui ont su édifier un projet pour ce territoire en se basant sur ses atouts existants. Les habitants sont intégrés dans la démarche via les réunions publiques régulières.

L’industrie de la santé : un axe structurant du projet de territoire

Si le domaine de la santé semble faire consensus comme étant un axe structurant du développement territorial, il n’est cependant pas mono-orienté et cherche à « préserver sa diversité économique et sociale », comme l’explique le Secrétaire de la Conférence de la VSB, François Loscheider. La santé est en effet un secteur porteur d’innovation et de recherche. L’occasion pour la vallée de s’insérer petit à petit dans les ramifications s’établissant entre Paris et les territoires alentour. François Loscheider évoque la « singularité » de la vallée, marquée par l’omniprésence du pôle hospitalier qui regroupe quelque 16 000 emplois (8 % de l’emploi dans la vallée) et de nombreuses activités scientifiques (l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Hôpital privé d’Antony, Institut Gustave Roussy, Centre chirurgical de Plessis-Robinson, INSERN, CEA, CNRS, écoles, etc.). Le territoire a selon lui d’autres ressources et connaît un fort développement de l’économie numérique, de l’ingénierie, des activités tertiaires. Si la santé « ne résume pas les activités du territoire », le secteur permet aujourd’hui à la vallée de « participer aux grands pôles régionaux ».

Le défi de la cohésion sociale

La formation du territoire autour de la santé a permis de « maintenir la cohésion sociale et territoriale » de la vallée, selon François Loscheider. Ce défi de cohésion est à relever jour après jour, notamment pour faire face aux difficultés de recrutement et au fort taux de turn-over que l’on connaît localement. Le CDT a ainsi pour objectif de prendre en compte globalement les questions relatives à la santé sur le territoire et, au-delà, d’envisager les enjeux liés aux parcours professionnels, à l’habitat, etc. Articuler l’excellence et la cohésion territoriale, tel est le projet des acteurs. « Tendre vers l’équilibre », en faisant coïncider le logement, l’emploi et le développement économique, est la priorité de l’élu Jean-Marc Nicolle. Attirant l’attention sur un point intéressant, Fabien Fabbri explique que l’essentiel est de ne « pas tout miser sur un thème ». Ici, le « projet phare doit servir à l’ensemble du territoire ». Le CDT exige donc la fabrication d’un schéma de service public commun à toutes les collectivités, afin de « s’assurer que le développement ne passera pas par une dégradation des services ».

Exister géographiquement entre Paris et Saclay

Selon Pierre-Alain Trevelo, pour exister entre Paris et le plateau de Saclay, la Vallée Scientifique de la Bièvre rassemble plusieurs qualités : le réseau routier historique forme un maillage dense qui permet une « connexité interne intéressante ». Dans cette veine, le futur réseau Grand Paris Express (GPE) couvrira la totalité du territoire en transports en commun, ce qui n’est pas le cas de Saclay, de Roissy ou de l’Est parisien.

Par ailleurs, Pierre-Alain Trevelo souligne le fait que la vallée se compose de « pièces urbaines » très variées (tissu résidentiel développé à Clamart ou Arcueil, grands espaces verts avec le Parc de Sceau, etc.), qui ont un « rapport à l’espace ouvert et à la nature ». Les zones de bâti et d’activités (École Centrale de Paris, Centre de l’Énergie Atomique de Fontenay-aux-Roses), les grands ensembles et infrastructures routières (périphérique, A6, A86 ou RD 211) s’imbriquent les uns aux autres de façon homogène. Et si les élus s’inquiétaient au départ de la « situation intermédiaire », entre Paris et Saclay, il s’avère aujourd’hui que cet « entre-deux » constitue un véritable atout. Privilégiant une nouvelle lecture du territoire, Pierre-Alain Trevelo propose de considérer différemment les infrastructures jalonnant le territoire, non pas comme des coupures, mais bien comme « les éléments d’un chaînage qui connecte les grands corridors les uns aux autres, forgeant ainsi un récit collectif territorial ».

Le Campus Grand Parc : fer de lance d’un cluster intégré au territoire

Le Campus Grand Parc à Villejuif est un projet communautaire porté par la communauté d’agglomération du Val de Bièvre, situé sur l’un des points hauts de l’Île-de-France, le long de l’A6, à côté de l’Institut Gustave Roussy (IGR), premier pôle de cancérologie en Europe. Le projet est de développer un campus autour de l’IGR, qui sera bientôt desservi par deux lignes de transports en commun (RER B et prolongement des lignes de métro 4 et 14, dans le cadre du Grand Paris Express) et « Inséré dans un campus sciences et santé plus large ». Ce projet convoquera les villes et hôpitaux alentour, transcendant ainsi la coupure délimitée par l’A6 et s’intégrant au territoire, comme l’explique Pierre-Alain Trevelo.

À une autre échelle, Xavier Hagnerelle est venu présenter Villejuif Biopark. Ce bâtiment, dédié à l’accueil des jeunes entreprises spécialisées en santé et en biotechnologies, est intégré à la ville de Villejuif puisqu’il a été pensé en continuité avec le tissu urbain.

Justement, « savoir allier politique de santé et politique d’aménagement du territoire, tel est l’atout de la VSB », selon Patrick Olivier, directeur de la stratégie à l’Agence Régionale de la Santé (ARS), qui a pu établir un « partenariat cohérent » avec la vallée. Selon l’ARS, analyser les caractéristiques et besoins de la population pour établir une offre stratégique est ici primordial. L’accès aux soins passant par une « juste répartition des ressources humaines », la question de l’attractivité, des conditions de vie dans la VSB et du lien entre santé et urbanité se pose.

Établir des « liaisons opérationnelles » pour renforcer l’attractivité du territoire

Pour que le cluster existe, pour renforcer la compétitivité du territoire, François Chevillard, Délégué général du pôle de compétitivité Medicen Paris Région, estime nécessaire que soient établies des « liaisons opérationnelles entre l’excellence médicale et les entreprises ». Le Campus Grand Parc devra permettre de développer la médecine transrelationnelle, c’est-à-dire de « rapprocher le laboratoire de recherche de l’hôpital où l’on fait des essais cliniques ». Une entreprise ne vient s’implanter que si elle sait qu’elle aura accès à des tarifs sur les brevets, à des « plateformes mutualisées de recherche », comme le fait la John Hopkins University, à Baltimore. Selon François Chevillard, pour que l’innovation se développe, il faut qu’un travail collaboratif entre ingénieurs, chimistes, technologues soit possible. Il faut donc « attirer ces chercheurs » en leur proposant un territoire attrayant, garantissant des services d’accueil pertinents (réseaux, transports) et offrant un cadre de vie séduisant aux habitants.

Grâce à un travail collectif et à une volonté commune de miser sur la mixité du territoire, la VSB travaille donc aujourd’hui sur la cohérence et la complémentarité de ses projets. Démarche qui lui permet de s’intégrer pleinement dans la dynamique métropolitaine actuelle.

La carte interactive créée par l’AIGP est consultable sur le site www.ateliergrandparis.com. Basée sur l’API Google maps©, elle permet d’allier une lecture analytique et informative du territoire à une découverte plus sensible de l’espace grâce à la navigation dans la photographie aérienne.


L’Ordre des architectes d'Île-de-France et l’Atelier International du Grand Paris ont lancé "Métabolismes de la Métropole : le Grand Paris en chantiers", 3 cycles de conférences-débats sur neuf situations du territoire francilien, organes fonctionnels au cœur de l’évolution de la métropole.

Premier cycle : « Logistiques Urbaines »
jeudi 11 octobre 2012 : La voie des airs : Roissy, Hub mondial
jeudi 22 novembre 2012 : Voie fluviale : Achères, plateforme sur Seine
jeudi 6 décembre 2012 : Le Grand marché : Rungis, ventre du Grand Paris

Deuxième cycle : « Economies immatérielles »
Jeudi 14 février 2013 - Centre d’affaires : La Défense, place d’échanges
Jeudi 21 mars 2013 - Le savoir : Saclay, laboratoire de connaissances
Jeudi 25 avril 2013 - Création : Plaine Commune, la fabrique de l’image

Troisième cycle : « Territoires d’industries »
Jeudi 23 mai 2013 - L'industrie de la santé : la Vallée de la Bièvre
Jeudi 20 juin 2013 - Production du durable : Marne La Vallée
Jeudi 11 juillet 2013 - Assemblage aéronautique et espace : Le Bourget

Lieu :Maison de l’architecture 148 rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris

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