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20.6.2013
Marne-la-Vallée : Du berceau de la ville nouvelle au berceau de la ville durable

Débat, jeudi 20 juin 2013 à 19h

      Le jeudi 20 juin dernier, Raphaële Perron, architecte élue de L’Ordre des architectes d’Île-de-France, et Bertrand Lemoine, Directeur général de l’Atelier International du Grand Paris, ont invité intervenants et public à se pencher sur la question de la « Production du durable à Marne-la-Vallée » dans le cadre des conférences-débats du cycle « Métabolismes de la métropole », volet 3 « Territoires d’industries », animées par le journaliste Cyrille Poy. S’étendant de Noisy-le-Grand au Val d’Europe sur 15 000 hectares, la ville nouvelle de Marne-la-Vallée compte 320 000 habitants répartis sur 27 communes. Depuis sa création dans les années 1960, elle étonne par son dynamisme et sa capacité à innover. Hébergeant le projet de cluster Descartes de la ville durable, Marne-la-Vallée a également pour ambition de développer autour du secteur du Val d’Europe et de Disneyland Paris le projet de « Village nature », consacré au tourisme et aux loisirs. S’affichant comme le pôle du développement durable, elle renforce ainsi son intégration au projet du Grand Paris.

      L’État et Disney à l’origine de la ville nouvelle

      Dans les années 1960, l’État décide de « créer une ville nouvelle d’équilibre à l’Est francilien », Marne-la-Vallée, se souvient Vincent Pourquery de Boisserin, Directeur général de l’EPAMARNE-EPAFRANCE. En 1987, l’État signe une convention avec la société Disney, prévoyant l’implantation d’un parc d’attraction au Val d’Europe. Disney s’engage alors auprès de partenaires publics (État, Conseils régional et général, RATP) pour encourager le développement de la ville autour de cette structure. De cet « engagement commun entre une puissance publique nationale et locale et une entreprise privée » naîtra une ville.

      Hyperconnectivité + potentialité foncière = l’assise du succès

      Si le territoire est bien desservi en termes de transports (deux lignes de RER, TGV Val d’Europe, future ligne 15 du Grand Paris Express), il affiche également, selon le Directeur de l’EPAMARNE-EPAFRANCE, un « coût de développement maîtrisable » et jouit d’un potentiel foncier très fort. Cela lui permet de se développer de façon maîtrisée. D’ici 2022, 5 mds € d’investissement (10 % publics et 90 % privés) seront nécessaires pour créer, selon les prévisions, 15 000 logements et 1,5 M de m² de surface d’activité supplémentaire. La ville hébergera alors 340 000 habitants.

      Le cluster Descartes et Disneyland Paris : la marque de fabrique du territoire

      À l’ouest de Marne-la-Vallée se situe le cluster Descartes, créé il y a plus de 20 ans. Installé autour de l’université, l’École des Ponts et l’École d’architecture de la Ville et des Territoires, ce pôle d’excellence de l’agglomération parisienne rassemble enseignement supérieur, recherche et applications industrielles. Il regroupe 15 000 étudiants, 3 000 chercheurs et des milliers d’emplois liés à la ville durable. Capacités et technologies sont donc réunies ; il convient à présent de les « déployer » et de les « vendre », soutient Thomas Vincent, Directeur des opérations d’Advancity, pôle de compétitivité français sur la ville durable installé depuis 2005 dans le cluster. Pour cela, il estime pouvoir compter sur l’aide des collectivités, partenaires à part entière du projet, qui souhaitent « faire de leurs territoires des territoires d’innovation ».

      A l’extrême est de l’EPA, à Val d’Europe, Disneyland Paris s’affiche comme le site touristique le plus fréquenté en France et en Europe avec 15,6 millions de visiteurs annuels. Il rassemble environ 56 000emplois directs ou indirects annuels (un tiers des emplois de Marne-la-Vallée), dont 14 500 au sein du complexe touristique. Tenant l’engagement pris auprès des partenaires publics, Disney affiche un bilan très positif : depuis l’inauguration des parcs en 1992, les cinq villages constitutifs du Val d’Europe (moins de 5 000 habitants au départ) constituent aujourd’hui une ville de 30 000 habitants (prévision de 60 000 habitants en 2035).

      Un savant mélange de densité et de dilatation urbaine pour lier nature et ville

      L’omniprésence de la nature représente une véritable opportunité pour les habitants du territoire de « vivre dans une grande métropole tout en bénéficiant d’une qualité résidentielle importante », souligne Claire Piguet, architecte urbaniste des Ateliers Lion et associés. Pour préserver cela, une gestion prudente du foncier et un renforcement des liens ville/nature s’imposent. Des études sont d’ailleurs en cours pour tenter de réincorporer et de valoriser dans la ville les éléments la structurant, comme l’autoroute A4, la RD 199 et le boulevard Ru de Nesles, ou encore la Marne, les zones humides et les restes de la forêt ancestrale. La nouvelle gare qui s’installera entre les deux stations du RER permettra ainsi a priori de déployer « l’influence de la gare de façon urbaine ». En réalité, les « relations linéaires vont permettre d’établir des relations transversales ».

      Travailler sur la densité urbaine à certains endroits (autour de la gare) et privilégier la dilatation urbaine en d’autres lieux (partie sud du boulevard du Ru de Nesles) semble essentiel. Il s’agit d’utiliser « le foncier de manière intelligente » en superposant des activités, explique Claire Piquet. Et cela pour tisser un lien fort entre nature et ville. Lien mis en évidence par Thierry Huau, paysagiste urbaniste intervenu sur le territoire à la demande de l’EPAMARNE. Il rappelle qu’au sud de l’autoroute A4, à proximité des massifs forestiers de l’Abri Boisé, les infrastructures urbaines implantées dans le tissu forestier laissent libres des franges de forêt, des bocages, des roselières, etc. Ville et nature s’adaptent l’un à l’autre et participent au « façonnement du territoire ». Claire Piguet se félicite d’ailleurs que l’aménagement du territoire, via ce travail sur la dilatation de l’espace public, permette de « sauver des morceaux de nature ».

      Avènement d’un nouveau cluster du tourisme avec les Villages nature ?

      Imaginé par Disney et Pierres & Vacances Center Parcs en 2003, Villages nature constituera en 2013 une nouvelle destination touristique située au sud de Val d’Europe. Unique en son genre, elle privilégie une réduction maximale de l’empreinte écologique et proposera aux utilisateurs de profiter d’espaces et infrastructures de loisirs liés à la nature et à la détente. En tant que co-directeur artistique du projet, Thierry Huau, paysagiste-urbaniste, explique qu’il s’agit avant tout de « dégonfler cette densité urbaine » pour préserver les portions boisées qui doivent retrouver une place dans l’ensemble du territoire. Les architectes Jean de Gastines et Jacques Ferrier, appelés à travailler sur le projet, ont ainsi mené une réflexion sur la saisonnalité, le vent, la lumière, l’eau (bassins, roselières, toits-terrasses), la végétation (boisements, jardinets, etc.), tant au niveau du bâti que de l’aménagement du site. Et cela toujours dans le souci de privilégier le développement durable (l’énergie géothermique assure 96 % des besoins énergétiques de Villages nature, par exemple). Le but étant d’inciter le visiteur à prendre le temps d’observer la nature et ses bienfaits.

      Quelles externalités pour ces clusters ?

      Le projet de Villages nature offre la possibilité, selon Franck Boutté, Ingénieur et architecte de formation, de « poser la question des externalités positives ». Il s’agit de ne « pas travailler sur l’hyper performance du projet », mais plutôt de mieux comprendre la façon dont ce dernier va permettre de « nourrir ce territoire et de servir à d’autres ». L’implantation de Disneyland Paris a déjà permis de prolonger le RER, infrastructure qui a bénéficié par ricochet à des gens non concernés par le parc d’attractions. De même, l’arrivée de Villages nature à Villeneuve-le-Comte (le projet occupera 190 hectares de la commune, soit 10 % du territoire total) va favoriser le développement économique et touristique de la commune (création de 1 600 emplois supplémentaires). Daniel Chevalier, maire de Villeneuve-le-Comte, accueille bien volontiers ce projet qui permet « d’obtenir des améliorations routières » ou de bénéficier du haut débit, notamment. « Négocier et travailler au quotidien » entre élus et acteurs du projet semble être la bonne solution. Pour la population, des réunions publiques d’information sur le projet sont organisées chaque année depuis 2003. Le rejoignant dans son raisonnement, Vincent Pourquery de Boisserin note l’impact positif de Disneyland Paris qui favorise les débordements touristiques sur toute la région.

      Mais tout le monde n’est pas de cet avis. Pesant le pour et le contre, Cécile Renard, docteur en géographie et diplômée en architecture, note que selon certains, le projet est un « moindre mal ». Certaines associations locales de Villeneuve-le-Comte évoquent en effet un village « contre nature » qui remet en question la survie du village rural de Villeneuve-le-Comte. On parle notamment de la « disparition de 530 hectares de bonnes terres cultivables » et d’une attaque à la biodiversité du secteur.

      Multiplier les nouvelles potentialités

      Si le cluster Descartes attire tous les regards, les villes de Bussy-Saint-Georges et Montévrain, notamment, situées entre Val d’Europe et le cluster, représentent un réel potentiel de développement urbain. La preuve en est qu’un travail est actuellement réalisé sur le développement de deux éco quartiers importants, à Bussy-Saint-Georges et à Montévrain, dessinés respectivement par Jérôme Treuttel et Philippe Madec. Basés sur le principe de l’économie d’espace et d’énergie, ils sont conçus « pour densifier la ville et utiliser au mieux les matériaux et l’énergie », explique Vincent Pourquery de Boisserin. Les réseaux de chaleur et autres transports collectifs connaissent par exemple un réel essor dans ces deux communes (une centrale thermique biomasse chauffera 10 000 logements à Bussy-Saint-Georges). Autre piste à étudier, celle de l’aménagement de l’espace public, qu’il convient de « requalifier », explique Claire Piguet, afin d’offrir des capacités d’accueil plus passagères sur le territoire, en activant certains espaces. À ce titre, développer le bassin de vie sur la dorsale est qui s’étend d’Aulnay-sous-Bois à Marne-la-Vallée semble pertinent. Cependant, tout aménagement doit pouvoir être transformé facilement, selon Franck Boutté. La question de la transformation constitue selon lui le « vrai levier de la durabilité ». Abandonner les logiques sectorielles et quantitatives pour réfléchir à une ville inclusive et attractive qui propose partage et mutualisation, telle serait la démarche à adopter.

      Concluant le débat, Vincent Eblé, Sénateur, Président du Conseil général de Seine-et-Marne, estime que ce territoire « apporte de la substance à l’ensemble métropolitain ». L’avenir du Grand Paris se joue aussi sur ces franges de territoires, qui font pleinement partie de la métropole.

      Rendez-vous le 11 juillet prochain pour le dernier débat qui portera sur le territoire du Bourget.

      L’Ordre des architectes d'Île-de-France et l’Atelier International du Grand Paris ont lancé "Métabolismes de la Métropole : le Grand Paris en chantiers", 3 cycles de conférences-débats sur neuf situations du territoire francilien, organes fonctionnels au cœur de l’évolution de la métropole.

      Premier cycle : « Logistiques Urbaines »
      jeudi 11 octobre 2012 : La voie des airs : Roissy, Hub mondial
      jeudi 22 novembre 2012 : Voie fluviale : Achères, plateforme sur Seine
      jeudi 6 décembre 2012 : Le Grand marché : Rungis, ventre du Grand Paris

      Deuxième cycle : « Economies immatérielles »
      Jeudi 14 février 2013 - Centre d’affaires : La Défense, place d’échanges
      Jeudi 21 mars 2013 - Le savoir : Saclay, laboratoire de connaissances
      Jeudi 25 avril 2013 - Création : Plaine Commune, la fabrique de l’image

      Troisième cycle : « Territoires d’industries »
      Jeudi 23 mai 2013 - L'industrie de la santé : la Vallée de la Bièvre
      Jeudi 20 juin 2013 - Production du durable : Marne La Vallée
      Jeudi 11 juillet 2013 - Assemblage aéronautique et espace : Le Bourget

      Lieu :Maison de l’architecture 148 rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris

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