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11.7.2013
Retour sur... Comment faire décoller le territoire du Bourget ?

Débat, jeudi 11 juillet 2013 à 19h

      Comment faire décoller le territoire du Bourget?

      Le 11 juillet dernier se tenait dans la chapelle de la Maison de l'architecture le neuvième et dernier rendez-vous du cycle de conférences-débats, “Métabolismes de la métropole : le Grand Paris en chantiers” organisé par l’Ordre des architectes d’Île-de-France et l’Atelier International du Grand Paris (AIGP). Pour cette ultime soirée de réflexion autour des « territoires d'industries » de la métropole, il était question du pôle du Bourget. Élus, aménageurs, architectes, urbanistes et industriels sont venus présenter les enjeux urbains et économiques du développement de la porte nord du Grand Paris, ou comment lier l'industrie aéronautique au métabolisme du territoire du Bourget.

      C'est Raphaële Perron, élue de l’Ordre des architectes d’Île-de-France, qui ouvre cette dernière soirée de débat. Se félicitant d'avoir accueilli un large public, les élus et les acteurs de la construction du Grand Paris à chacun des neuf rendez-vous organisés conjointement avec l'AIGP depuis octobre 2012, elle appelle à « poursuivre l'exploration engagée par les deux institutions des différents territoires qui composent la métropole ». Les modalités urbaines, architecturales, politiques et économiques de l'application des enjeux du Grand Paris à l'échelle locale sont en effet des questions essentielles. Et elles doivent être posées en parallèle de la définition des orientations du développement métropolitain. Roland Castro, architecte-urbaniste et membre de conseil scientifique de l'AIGP, invité à intervenir ce soir-là, se fera d'ailleurs le porte-voix de cette nécessité tout au long du débat.

      Revers de médaille

      Après la présentation des intervenants par Cyrille Poy, journaliste et animateur du débat, c'est Vincent Capo-Canellas, sénateur de la Seine-Saint-Denis, président de la communauté d'agglomération de l'aéroport du Bourget et maire du Bourget qui se charge d'exposer les caractéristiques d'un territoire qu'il connaît bien. Structuré autour d'un grand équipement : le premier aéroport d'affaire européen, à cheval sur six communes (Bonneuil-en-France, Blanc-Mesnil, Dugny, Le Bourget, Drancy, La Courneuve), ce secteur dispose d'un atout d'envergure internationale qui le rend très attractif, notamment auprès des entreprises dont la mobilité des salariés est essentielle. « Le Bourget est également une marque à la reconnaissance mondiale que le salon international de l'aéronautique et de l'espace, et le musée de l'air et de l'espace contribuent à faire rayonner », explique l'élu. À l'échelle métropolitaine, le pôle du Bourget est une rotule du nord-est parisien, encadrée par Plaine Commune à l'ouest et Roissy au nord - deux pôles en développement qui furent chacun le sujet d'une soirée du cycle de conférence. Traversé par de multiples infrastructures routières et ferroviaires rejoignant la capitale (A1, N2, RER B), il est une porte de Paris. Mais, revers de la médaille, ce territoire doit vivre avec ces coupures qui le tailladent sans l'irriguer. Rappelant que la tangentielle Nord, prévue pour 2017, permettra de le desservir un peu mieux, Vincent Capo-Canellas insiste sur la nécessité d'y implanter une des gares du Grand Paris Express (GPE) afin d'assurer son désenclavement. « Il faut travailler sur un maillage des mobilités, les compléter et les articuler. Si on y arrive, alors le site sera un des plus interconnectés du Grand Paris », insiste l'élu, qui ajoute par ailleurs que la mise en place définitive d'un contrat de développement territorial (CDT) est essentielle à la réalisation de ces grandes ambitions. Bonne nouvelle, le projet de CDT du pôle métropolitain du Bourget, « Pôle d’excellence aéronautique », a été validé le lendemain du débat, le 12 juillet 2013.

      Mise en scène

      C'est dans les connexions entre enjeux métropolitains et besoins locaux que tout se joue au Bourget. Et les liaisons entre les futures infrastructures, la ville dense, les grands équipements existants (l'aéroport, le musée, le parc des expositions...), les industries présentes (comme Eurocopter, basée à La Courneuve aujourd’hui) et à venir, et le paysage (le Parc de La Courneuve notamment) façonneront une nouvelle urbanité qu'il appartient aux architectes et aux urbanistes d'inventer. Dès 2010, la communauté d’agglomération de l’aéroport du Bourget a ainsi confié l'élaboration du plan stratégique de développement territorial et d’aménagement du pôle à trois agences, par ailleurs membres du premier conseil scientifique de l'AIGP : l’Atelier Christian de Portzamparc, AREP et l'Atelier Castro Denissof & associés. Leurs idées : donner la force symbolique d’une entrée de la métropole à la place Lindbergh (commune du Bourget), renforcer la commodité d’accès aux activités qu’elle dessert (aéroport, parc des expositions) et sa capacité d’irrigation de la vie locale, ou encore la création d'une grande gare multimodale pour accueillir le GPE... « Au fond, il s'agit de trouver comment mettre en scène cette porte de la métropole pour qu'elle devienne également celle de son propre territoire », résume Vincent Capo-Canellas, car le pôle du Bourget contient déjà tous les éléments nécessaires à son développement. « Le potentiel de ce territoire a été identifié par l'État et les collectivités dès 2000. Ce site est un concentré des enjeux du Grand Paris : il regroupe des atouts nationaux, des entreprises dynamiques créatrices d’emplois et des infrastructures métropolitaines mais peine à les articuler localement. Si on réussit au Bourget, alors on réussira partout », affirme de son côté Damien Robert, directeur général de l'Établissement public d'aménagement Plaine de France, chargé de favoriser l’aménagement et le développement économique et social de ce territoire. Vincent Capo-Canellas, ajoutera cependant que « la ville intense, comme elle doit être envisagée, ne fonctionnera qu'avec de la densification mais également plus d'équipements ».

      Central Park

      C'est au tour de Roland Castro, co-fondateur de l'Atelier Castro Denissof & associés, de prendre la parole pour présenter les études menées par son agence en 2010. « Le Grand Paris doit être un territoire multipolaire. Il ne doit plus uniquement être tourné vers l'île Saint-Louis », annonce en préambule l'architecte, avec sa goguenardise habituelle. Mais derrière les mots chocs, c'est un projet ambitieux qu'il expose. En effet, l'agence a ciblé sur le territoire du Bourget deux éléments capables d'envergures métropolitaines. Il y a d'abord la nationale 2, une infrastructure dont il faudrait renforcer l'urbanité pour en faire des « Champs Élysées », symboles de ce Grand Paris multipolaire. Et puis, il y a le parc de La Courneuve (aujourd'hui nommé parc Georges Valbon), gigantesque espace vert – sa superficie équivaut à 20 parcs des Buttes Chaumont ou 80 parcs Monceau – offrant plusieurs millions de mètres carrés constructibles dans sa périphérie immédiate. « Il faut profiter de cette capacité inouïe et du potentiel poétique du lieu pour transformer le parc de La Courneuve en un Central Park francilien », explique l'architecte. Quid du classement Natura 2000 d'une partie de l'espace vert qui contraint considérablement la construction dans cette zone? « On trouve aujourd'hui autour du parc beaucoup de culs-de-sac et plusieurs grands ensembles isolés. Réaménager ces endroits-là est donc un enjeu urbain majeur pour toutes les communes. Je suis bien évidemment sensibilisé aux questions environnementales, mais la citoyenneté à pour moi plus d'importance », conclut Roland Castro.

      Des déficits, mais pas d'hélicoptères

      L'excès de règles serait-il le premier frein d'un projet de développement métropolitain comme le Grand Paris? C'est en tout cas l'avis de l'architecte, qui ajoute que l'inexistence d'une gouvernance forte est également une situation aggravante : « le Grand Paris est accablant de lenteur. Il manque un pilote dans l'avion! » Et Vincent Capo-Canellas d'ajouter qu'il y a une banalisation de ce grand projet métropolitain. « Où est la folie créative des débuts, l'envie de l'État et des populations de faire bouger les choses? Nous avons besoin maintenant de quelques gestes forts», conclura l'élu. Cette remarque fera-t-elle mouche auprès des institutions de l'État? « Le portage politique autour du Grand Paris est en déficit », convient également Cyrille Poy. Des remarques tempérées quelques minutes plus tard par Jean-Luc Besse, chef de projet Eurocopter, venu présenter le projet de construction d'une usine sur les communes de Dugny et Bonneuil-en-France pour remplacer celle de La Courneuve, devenue inadaptée à la production de l’entreprise. « Sans la volonté des élus locaux qui ont travaillé sans relâche pour racheter rapidement à l’État cet ancien terrain militaire à proximité de l'aéroport, nous aurions été obligés d'implanter la nouvelle usine en dehors de toutes ces communes », explique-t-il. Une action des collectivités qui prouve que l’édification de la métropole devra également se baser sur un développement industriel des territoires, gage d’emploi et d’essor économique.

      Pas de précipitation, mais de l’action

      De son côté, Vincent Bourjaillat, directeur de la Société publique locale Le Bourget-Grand Paris (SPL), considère qu’il faut encore continuer à façonner un projet de territoire commun avant de se lancer dans les réalisations. « Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Nous devons d’abord bâtir une vision globale, le temps des grands projets viendra plus tard. » Et c’est justement la mission principale de cette SPL, fondée par la communauté d’agglomération de l’aéroport du Bourget et la commune du Blanc-Mesnil, que d’établir un projet de développement et d’aménagement du territoire des collectivités qui en sont à l’origine. « Les communes auront sans doute besoin d’un autre outil pour faire les projets, un outil de maîtrise d’ouvrage. Mais il faut d’abord faire atterrir les grandes visions urbaines sur le territoire et laisser le temps aux élus de se les approprier », poursuit Vincent Bourjaillat. Et quand le public questionne les racines de l’envie d’un avenir urbain commun des collectivités, le directeur de la SPL assure que c’est le travail du conseil scientifique de l’AIGP, donc des architectes, qui a réveillé cette dynamique sous-jacente. « La révélation c’est bien, mais il est temps d’agir. À force d’inaction, on oublie les grandes idées. Il est nécessaire que les élus se lancent maintenant dans les projets! », gronde Roland Castro.

      Quant à la question soulevée par la salle de la place du logement dans ce projet de développement urbain, Vincent Bourjaillat précise que le territoire du Bourget a des objectifs parmi les plus élevés du Grand Paris avec plus de 1000 logements/an sur 15 ans. « Mais la densification ne devra pas se faire n’importe où », précise-t-il. Et Damien Robert d’ajouter que les réflexions menées par conseil scientifique de l’AIGP seront une source d’inspiration incroyable pour mener à bien cette densification, et précise que « les CDT sont chargés de fixer les objectifs territoriaux en construction de logements. » Une remarque qui fera encore réagir Roland Castro : « un CDT ou un SDRIF, ça ne pense pas. Il faut incarner les choses, il faut des pilotes pour faire décoller les territoires ! ». Son appel sera-t-il entendu?

      Constance Lagrèze

      L’Ordre des architectes d'Île-de-France et l’Atelier International du Grand Paris ont lancé "Métabolismes de la Métropole : le Grand Paris en chantiers", 3 cycles de conférences-débats sur neuf situations du territoire francilien, organes fonctionnels au cœur de l’évolution de la métropole.

      Premier cycle : « Logistiques Urbaines »
      jeudi 11 octobre 2012 : La voie des airs : Roissy, Hub mondial
      jeudi 22 novembre 2012 : Voie fluviale : Achères, plateforme sur Seine
      jeudi 6 décembre 2012 : Le Grand marché : Rungis, ventre du Grand Paris

      Deuxième cycle : « Economies immatérielles »
      Jeudi 14 février 2013 - Centre d’affaires : La Défense, place d’échanges
      Jeudi 21 mars 2013 - Le savoir : Saclay, laboratoire de connaissances
      Jeudi 25 avril 2013 - Création : Plaine Commune, la fabrique de l’image

      Troisième cycle : « Territoires d’industries »
      Jeudi 23 mai 2013 - L'industrie de la santé : la Vallée de la Bièvre
      Jeudi 20 juin 2013 - Production du durable : Marne La Vallée
      Jeudi 11 juillet 2013 - Assemblage, aéronautique et espace : Le Bourget

      Lieu :Maison de l’architecture 148 rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris

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