Actualités et agenda
Ça s’est passé à l’Ordre
11.10.2012
La vi(ll)e logistique

Débat, jeudi 11 octobre 2012 à 19h


La vi(ll)e logistique


Le 11 octobre dernier, l’Ordre des architectes d’Île-de-France et l’Atelier International du Grand Paris ont inauguré à la Maison de l’architecture leur cycle de rencontres intitulé “Métabolismes de la métropole : le Grand Paris en chantiers”. Pour cette première conférence-débat il était question du développement du hub Roissy-Charles de Gaulle et des modalités de son intégration dans le territoire métropolitain. Élus, aménageurs, architectes et urbanistes, sont venus présenter devant un large public leurs visions de la ville aéroportuaire du futur.

Le Grand Paris est un sujet que nous avons déjà abordé à plusieurs reprises à l’Ordre des architectes d’Île-de-France” a rappelé Bernard Mauplot, Président de l’institution, en introduction de cette première soirée débat organisé avec l’Atelier International du Grand Paris (AIGP). Déjà en 2008, les architectes de la région questionnaient la gouvernance à l’échelle de ce grand territoire. “Au lendemain de la deuxième consultation visant à constituer notre nouveau Conseil scientifique, a poursuivi Pierre Mansat, Président du Conseil d’administration de l’AIGP, il faut justement réfléchir à l’application des enjeux du Grand Paris à l’échelle locale”. C’est d’ailleurs la mission qui a été confiée aux 15 équipes pluridisciplinaires d’architectes-urbanistes sélectionnées pour former le nouveau Conseil scientifique de l’AIGP. Elles devront s’interroger notamment sur les modes d’habiter le Grand Paris et son territoire métropolitain. L’annonce est claire pour le public de ce premier rendez-vous, la réflexion ne s’arrête pas parce que les négociations sur le tracé du futur Grand Paris Express sont au cœur de l’actualité. Et les neufs débats publics organisés conjointement par les deux institutions seront là pour prolonger l’introspection. Le développement urbain de la région capitale est un projet en constante méditation et “c’est une nouvelle très rassurante” estimera plus tard Nathalie Roseau, ingénieure et docteur en urbanisme, ancienne architecte d’Aéroports de Paris (ADP) et grand témoin de cette rencontre.

Vers une logistique plus urbaine
Après cette rapide introduction, le sujet du soir dévoile toute son ampleur et sa complexité sous les traits de la carte interactive conçue par l’AIGP et les mots de Philippe Simay, philosophe et animateur du débat. Hub multimodal d’envergure internationale, premier aéroport européen pour le transport de marchandises, deuxième pour celui de passagers -140 000 passagers/jours-, Roissy-Charles de Gaulle est également un territoire de 3000 hectares (soit 1/3 de la superficie de Paris!), à cheval entre trois contrats de développement territoriaux (les fameux CDT) et concernent donc 17 communes et communautés d’agglomération. “Le pôle du Grand Roissy est une des zones d’Île-de-France où le développement économique est le plus fort (plus 5% de croissance par an), et pourtant il se situe sur le territoire le plus paupérisé de la région” précisera plus tard Damien Robert, Directeur Général de l’Etablissement public d’aménagement Plaine de France, chargé avec les communes du développement économique et social du Grand Roissy. Un territoire dévoué à la logistique manifestement autarcique. “Alors comment le désenclaver pour en faire une partie active du tissu local?” Voilà le défi posé aux intervenants de la soirée par Philippe Simay.

Cette plateforme, en expansion constante dans un rayon de 30 à 40 km autour de l'aéroport, est surtout en pleine mutation. “Depuis une vingtaine d'année, l'aéroport est devenu un territoire attractif pour les activités non logistiques” explique Damien Robert. Centres d'affaires, espaces commerciaux, hôtellerie, espaces culturels et de loisirs, autant de nouveaux programmes qui s'agrègent autour pour former une ville aéroportuaire autonome. Sans oublier que le domaine même de la logistique y monte en gamme. “Il ne s'agit plus seulement de stockage, mais également de transformation des produits, d'assemblage...” précise Damien Robert. Alors, comment en faire profiter des territoires résidentiels alentours qui pâtissent plus des nuisances sonores et du mitage du territoire par cette expansion non fédérée -l'emprise des zones dévolues à la logistique a doublé ces dernières années- que des richesses programmatique et d’emploi -seulement 12% des emplois de l'aéroport sont occupés par des Valdoisiens- de la ville aéroportuaire? “Penser l'organisation générale et notamment spatiale du Grand Roissy, les interactions entre les différentes activités et l'ouverture du hub sur la ville ne pourra se faire que si les professionnels de la ville, les élus et les grands opérateurs du territoire travaillent ensemble” a conclu l'aménageur. Remarque partagée par tous les intervenants de la soirée. Daniel Béhar, professeur à l’Institut d’urbanisme de Paris et membre du conseil scientifique de l’AIGP parlera même plus tard de la nécessité d'une “coopération interterritoriale”.

Le gagnant-gagnant
L'amélioration de l'habitabilité du territoire du Grand Roissy, où la résidentialisation est en panne sèche, ne passe-t-elle pas également par la maîtrise de son développement économique?” questionne de son côté le géographe. Plus de sélectivité pour intensifier le modèle existant plutôt que l’étendre, voilà peut-être une piste pour l'aménagement de la ville aéroportuaire qui préserverait sa compétitivité internationale. Le maillage des infrastructures de desserte de l'aéroport depuis la métropole et (surtout!) depuis les villes alentours est également un enjeu majeur du désenclavement du Grand Roissy. Et offrir un caractère urbain à ces infrastructures les relierait encore mieux aux communes qu'elles traversent. L'aéroport, porte du territoire au même titre que les gares routières ou ferroviaires, ne devrait-il pas être imaginé comme une porte sur la ville toute proche? “Au fond, ne faudrait-il pas réfléchir plutôt à la façon d'entrer dans la ville depuis l'aéroport?” questionne finement Jacques J.P. Martin, 1er vice-président de Paris Métropole, maire de Nogent-sur-Marne.

Il est également essentiel de trouver un équilibre entre emploi et logement, faire que la coexistence soit fructueuse entre les acteurs aériens et locaux en renforçant leurs interfaces” explique Mathis Güller, architecte, membre lui aussi du conseil scientifique de l’AIGP. “Pourquoi ne pas trouver une coexistence productive entre l'agriculture et l'aérien?” a-t-il poursuivi, indiquant, pour illustrer son propos à un auditoire amusé, que la Korean Airlines dispose de « fermes bio » de plus de 5000 poulets pour assurer la production des repas distribués en vol!

La voix des territoires
Revenant sur la question des infrastructures de desserte de l'aéroport, les élus présents ont parlé d’une seule voix, s'insurgeant contre les études de tracé du futur Grand Paris Express. “Le grand métro automatique ne doit pas être imaginé seulement pour les passagers de Roissy, mais devra profiter également au développement du territoire” lança Jacques J.P. Martin. “Un Charles-de-Gaulle Express serait une provocation pour les habitants du Val-d'Oise!” insista Didier Vaillant, Président de la Communauté d’agglomération Val-de-France. “On ne peut réussir le challenge du gagnant-gagnant qu'en considérant les habitants du territoire comme des parties prenantes du projet de ville aéroportuaire. Arrêtons le chacun pour soi” précisera l'élu, regrettant que personne ne soit présent ce soir-là pour représenter l'entreprise ADP. “Il y a longtemps que les élus réfléchissent à l'aménagement du territoire et notre capacité de travail ensemble a déjà été prouvée” rappelle Yves Lochouarn, Directeur général des services de la Communauté de communes de Roissy Porte de France, comme pour prouver que la main est tendue côté collectivités territoriales. Dont acte.

Roissy City
L'aéroport est un nœud de paradoxes qui fascine”, voilà la conclusion à cette rencontre de la chercheuse Nathalie Roseau. Symbole d'hypermobilité des voyageurs, comme d'immobilité des riverains qui assistent à la valse des avions sans y participer. Infrastructure qui abolit les frontières internationales autant qu’elle crée de territoires locaux fragmentés et impénétrables. Bâti loin de la capitale pour ne pas lui imposer ses nuisances sonores, Roissy peine depuis sa création il y a plus de 40 ans à s'inclure dans l'histoire de la ville. Mais c'est peut-être que l'aéroport doit lui-même être considéré comme une ville. “Aucun des projets présentés pour le moment ne s'intéresse à la structure même de l'aéroport” remarque Nathalie Roseau. Peut-on plutôt regarder Roissy comme une potentialité et non un objet seulement critiquable? Pourquoi ne pas envisager la ville à partir de ses grands points d'intensité, comme le proposaient certaines équipes d'architectes de la première consultation du Grand Paris? “Mais la grande métropole ne peut être seulement considérée selon ses icebergs. Elle doit l’être également par ses océans : cette ville légère et diffuse qui est son socle, cette banlieue à laquelle il ne faut pas tourner le dos.

Si pour Jacques J.P. Martin, “Roissy est un Ovni qu'il faut rendre compatible avec la ville”, pour le public présent ce soir-là dans la chapelle de la Maison de l'architecture, “l’enjeu est plutôt de reconnecter la ville générique de l'aéroport à celle de la vie quotidienne”, Mathis Güller choisit lui d'avertir, “nous avons raté l'intégration de la voiture dans la ville, mais réussi le mariage du train et du tissu urbain. Ne ratons pas l'alliance de l'avion et de la métropole!” Et si le développement du hub Roissy-Charles de Gaulle et son intégration au territoire du nord-est parisien seront sujet à débat pendant longtemps, retenons de cette soirée l'appel de l'élu Didier Vaillant, “architectes, vous avez un rôle important dans ce grand projet, nous comptons sur votre savoir-faire pour nous aider à lier l'aéroport et la ville!

Constance Lagrèze

La carte interactive créée par l’AIGP est consultable sur le site www.ateliergrandparis.com. Basée sur l’API Google maps©, elle permet d’allier une lecture analytique et informative du territoire à une découverte plus sensible de l’espace grâce à la navigation dans la photographie aérienne.

L’Ordre des architectes d'Île-de-France et l’Atelier International du Grand Paris ont lancé "Métabolismes de la Métropole : le Grand Paris en chantiers", 3 cycles de conférences-débats sur neuf situations du territoire francilien, organes fonctionnels au cœur de l’évolution de la métropole.

Premier cycle : « Logistiques Urbaines »
jeudi 11 octobre 2012 : La voie des airs : Roissy, Hub mondial
jeudi 22 novembre 2012 : Voie fluviale : Achères, plateforme sur Seine
jeudi 6 décembre 2012 : Le Grand marché : Rungis, ventre du Grand Paris

Deuxième cycle : « Economies immatérielles »
Jeudi 14 février 2013 - Centre d’affaires : La Défense, place d’échanges
Jeudi 21 mars 2013 - Le savoir : Saclay, laboratoire de connaissances
Jeudi 25 avril 2013 - Création : Plaine Commune, la fabrique de l’image

Troisième cycle : « Territoires d’industries »
Jeudi 23 mai 2013 - L'industrie de la santé : la Vallée de la Bièvre
Jeudi 20 juin 2013 - Assemblage aéronautique : Le Bourget
Jeudi 11 juillet 2013 - Production du durable : Marne La Vallée
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