Actualités et agenda
Ça s’est passé à l’Ordre
22.11.2012
Le fleuve et le territoire

Débat, jeudi 22 novembre 2012 à 19h

Le 22 novembre dernier, la chapelle de la Maison de l’architecture a accueilli la deuxième conférence-débat du cycle “Métabolismes de la métropole : le Grand Paris en chantiers” organisé par l’Ordre des architectes d’Île-de-France et l’Atelier International du Grand Paris (AIGP). Après le développement de la plateforme logistique du Grand Roissy dans le territoire métropolitain, c’est le futur port fluvial d’Achères qui est au cœur de la réflexion. Les élus, aménageurs et architectes-urbanistes chargés du renforcement de la voie des eaux dans l’ouest francilien sont venus présenter à un large public les enjeux de ce projet logistique d’envergure au cœur du Grand Paris.

Poursuivant la réflexion entamée il y a un mois sur la voie des airs, la deuxième soirée organisée par l'Ordre des architectes d’Île-de-France et l’AIGP s'intéresse cette fois au renforcement de la logistique fluviale francilienne par la création d'une nouvelle plateforme portuaire sur la plaine d'Achères (Yvelines et Val d’Oise). Ce sont les modalités d'une bonne intégration de cette infrastructure industrielle dans le territoire métropolitain qui interrogent ce soir, car “actuellement, un port ménage peu d’interactions entre industrie et ville” selon Philippe Simay, philosophe et animateur du débat, intervenant en préambule de la discussion. Dès lors, face à ce constat critique et au regard de la carte interactive créée par l'AIGP*, la question à aborder semble claire : comment la plaine d’Achères, à la confluence de la Seine et de l’Oise, pourra recevoir, en préservant son territoire, la future plateforme fluviale de presque 400 hectares imaginée par Ports de Paris? Et surtout “qu'est-ce qu'une infrastructure portuaire de cette ampleur pourra lui apporter ?” ajoute David Morgant, directeur général de l’Établissement public d’aménagement Mantois Seine Aval (EPAMSA), chargé du développement de l'Opération d'intérêt national courant de Poissy à Mantes-la-Jolie. Selon l'aménageur, convaincu “qu'il n'y a pas d'opposition entre industrie et vie urbaine”, la redynamisation de cette région agricole, l'amélioration de l'offre de transports et la construction de logements devront être, entre autres, les intérêts communs à ce grand projet et son territoire. Pour faire qu'au-delà de leur paysalge pittoresque et des lieux de loisirs très prisés qu'elles sont déjà, les rives de la Seine soient la base du développement économique du territoire. Vaste programme.

Colocataires de confluence
À l'abri entre la Seine et la forêt de Saint-Germain-en-Laye, la plaine d'Achères est un territoire attractif, préservé d'une urbanisation intense grâce à Haussmann qui en fit le lieu d’épandage des eaux usées de la capitale puis par le PPRI (Plan de prévention des risques d'inondations) limitant fortement la construction les rives du fleuve. Largement disposés à accueillir ce port qui ravivera une vallée où l'industrie a nettement diminuée depuis les années 70, les trois élus des communes concernées présents ce soir-là se sont montrés vigilants quant à cet objet qui, s'il n'est pas conçu en lien avec son cadre urbain et paysager, peut se révéler complètement autarcique. “Et ce qui doit être imaginé comme une ville-port ne doit pas faire l'impasse de la mixité. Habitat, services publics, activités et surtout infrastructures seront nécessaires” explique Nicole Bineau, adjointe au maire d’Achères, chargée de l’aménagement et de Paris Métropole. Car si la plaine est idéalement située à 23 minutes de la Défense (si le RER fonctionne normalement), les lignes sont engorgées. Et il est évident que si ce bassin de 400 000 habitants doit accueillir un port, donc plus de flux, il faut d'abord soulager l'existant. “Ce grand projet conditionne le renforcement et le développement des infrastructures de desserte de la zone” insiste Hugues Ribault, maire d’Andrésy. Le raccordement de la Francilienne de part et d'autre de la Seine, le prolongement du RER E (Éole) mais également le développement de la ligne LGV Paris-Normandifle sont des impératifs qui feront consensus tout au long de la soirée.

De son côté, Francis Toqué, adjoint au maire de Conflans-Sainte-Honorine se félicite de cette réflexion globale. “Au-delà des limites des communes de chacun, les élus ont saisi l'occasion de ce projet pour réfléchir ensemble à la construction de tout le territoire.” Un travail collectif déterminé avec peut-être un CDT (Contrat de développement territorial) à la clef pour la Confluence Seine-Oise, dont l'intérêt est largement reconnu au sein du Grand Paris.

Un site stratégique
Focus maintenant sur le port lui-même et ses enjeux industriels et économiques. C'est Alexis Rouque, directeur général de Ports de Paris, établissement public porteur du projet d'Achères, qui prend la parole. On comprend alors que bâtir un nouveau port aux portes de Paris permettra de renforcer le rayonnement international de l'axe Seine en consolidant HAROPA, premier ensemble portuaire français qui regroupe les terminaux du Havre, de Rouen et de Paris. “Plus d'un million de containers sont destinés à l'Île-de-France quotidiennement, la moitié transite par le Havre puis suit la Seine pour arriver jusqu'à Paris, le reste passe par le Bénélux avant de rejoindre la capitale” explique-t-il. Ce n'est qu'en favorisant le report modal (eau-voies ferrées-routes) dans la logique du Grenelle et en créant une zone logistique à l'arrière des ports normands que la compétitivité d'HAROPA sera renforcée. “Il faut favoriser le non routier pour le maillon le plus long du transport de marchandises et éviter les reports modaux intermédiaires en arrivant au plus près du bassin de consommation. Achères a la capacité d'articuler toutes ces échelles” expliquera plus tard Lydia Mykolenko, responsable des études fret et logistique à l’Institut d'aménagement et d'urbanisme d'Île-de-France. Principal atout pour la plaine, une ancienne gare de triage toute proche mais encore une fois, le renforcement de la francilienne s'avère essentiel à la réussite de ce grand projet. “La desserte routière est indispensable pour ne pas faire du port d'Achères un cul de sac” insiste le Directeur général de Ports de Paris.

Grâce aux quelques 400 hectares disponibles sur la plaine d'Achères, la future infrastructure portuaire pourra être accompagnée d'autres activités (ingénierie logistique, société de services...) et d'autant de nouveaux emplois. Et les gisements de granulats qui caractérisent le terrain profiteront également d'une proximité immédiate avec le transport fluvial. “La matière première pourra rejoindre rapidement les chantiers d'Île-de-France et participer à l'effort de construction de 70 000 logements/an fixé par le Grand Paris” assure Alexis Rouque. Et à ceux qui doutaient ce soir-là des besoins d'un nouveau port à quelques kilomètres de celui de Gennevilliers, deuxième infrastructure fluviale européenne, il répondra en fin de soirée : “nous sommes en train de densifier les quelques hectares encore disponibles là-bas. Mais cela n'empêchera pas sa saturation prochaine face aux flux grandissants des containers.”

Quand le port devient urbain
“Il faudra faire le port d'Achères dans l'intelligence de la connexion des mobilités” insiste à son tour l'architecte-urbaniste Antoine Grumbach, membre du conseil scientifique de l’AIGP, missionné par Ports de Paris pour l'assister dans le renforcement d'HAROPA et convaincu qu’une métropole mondiale ne peut exister sans façade maritime. On découvre avec lui les premières esquisses du plan guide qui servira au développement de la plateforme d'Achères, future porte du territoire métropolitain: deux darses de 300 mètres de long parallèles au fleuve se déploieront de part et d'autre de l'autoroute prolongée, l'une dédiée à la logistique, l'autre au BTP. Revenant sur les questions de leurs intégrations urbaines et paysagères et de la construction en zone inondable, l'architecte évoque un travail proche du land art. “Il faudra transformer la coupe du territoire pour que le port vive malgré la crue.” Entrecoupé de forêts linéaires, sortes de coulées vertes de 50 à 80 mètres de large, le port sera parsemé d'espaces publics capables d'amener la ville au plus près de l'eau. Et dans la phase ultime du développement de ce territoire industriel exemplaire, les toitures des hangars seront couvertes de serres servant à l'agriculture urbaine.

Quid de l'avenir de la logistique fluviale? “Pour la ville-port, c'est la réversibilité des espaces qui compte” répondra plus tard l’architecte à un public interrogatif. Et inscrire l'espace public et le paysage dans le cahier des charges du port permettra à la vie urbaine de s'en saisir et de le réinterpréter un jour (hangars transformés en salle de spectacles...), si la logistique fluviale de demain n'a plus besoin de cette infrastructure d'envergure. Une vision d'intégration du port à la dynamique urbaine partagée par François Decoster, architecte-urbaniste au sein de l'agence AUC et chargé d'une étude sur le secteur du futur CDT par l'EPAMSA. Proposant d'élargir le champ pour regarder l'infrastructure depuis le grand territoire, il imagine “ce hub fluvial du Grand Paris intégré à un maillage des potentialités de toute la plaine”, devenant une étape sur les berges de Seine qui accueillent les pratiques de la vie quotidienne stimulées par sa présence : le travail de la semaine dans le port ou dans les activités développées autour, les loisirs du weekend sur les berges déjà aménagées... “Le port d'Achères doit devenir une pièce maîtresse du métabolisme métropolitain, du point de vue urbain autant que logistique” conclura Lydia Mykolenko.

Finalement, si tout le monde s'accorde sur un projet à mener globalement, à l'échelle du territoire comme à celle de la logistique, Philippe Simay prévient “l'industrie renvoie une image très négative au monde social.” Dès lors, aux porteurs du projet et à leurs architectes de travailler sur l'impact visuel et sonore du futur port auprès du public car “il ne s'agit pas d'intervenir sur une page blanche, mais dans un site habité aux qualités paysagères indéniables” avertit Elisabeth Rojat-Lefebvre, directrice du CAUE des Yvelines présente dans la salle. Et si Antoine Grumbach explique que cette zone industrielle dangereuse ne peut accueillir la ville et sa mixité programmatique, l'architecte assure que “c'est sa mutabilité qui en fera un lieu de vie phare du tissu urbain à venir.” Rendez-vous le 6 décembre prochain pour s’intéresser au marché de Rungis, ventre du Grand Paris, et comprendre les modalités urbaines et logistiques de sa participation au métabolisme métropolitain.

La carte interactive créée par l’AIGP est consultable sur le site www.ateliergrandparis.com. Basée sur l’API Google maps©, elle permet d’allier une lecture analytique et informative du territoire à une découverte plus sensible de l’espace grâce à la navigation dans la photographie aérienne.

L’Ordre des architectes d'Île-de-France et l’Atelier International du Grand Paris ont lancé "Métabolismes de la Métropole : le Grand Paris en chantiers", 3 cycles de conférences-débats sur neuf situations du territoire francilien, organes fonctionnels au cœur de l’évolution de la métropole.


Premier cycle : « Logistiques Urbaines »
jeudi 11 octobre 2012 : La voie des airs : Roissy, Hub mondial
jeudi 22 novembre 2012 : Voie fluviale : Achères, plateforme sur Seine
jeudi 6 décembre 2012 : Le Grand marché : Rungis, ventre du Grand Paris

Deuxième cycle : « Economies immatérielles »
Jeudi 14 février 2013 - Centre d’affaires : La Défense, place d’échanges
Jeudi 21 mars 2013 - Le savoir : Saclay, laboratoire de connaissances
Jeudi 25 avril 2013 - Création : Plaine Commune, la fabrique de l’image

Troisième cycle : « Territoires d’industries »
Jeudi 23 mai 2013 - L'industrie de la santé : la Vallée de la Bièvre
Jeudi 20 juin 2013 - Assemblage aéronautique : Le Bourget
Jeudi 11 juillet 2013 - Production du durable : Marne La Vallée
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