Actualités et agenda
Ça s’est passé à l’Ordre
6.12.2012
Une ville dans la ville, le MIN de Rungis, du métropolitain à l’international

Débat, jeudi 6 décembre 2012 à 19h

Le troisième rendez-vous de « Métabolismes de la Métropole : le Grand Paris en chantiers » du 6 décembre 2012 se penchait sur Rungis : Ventre du Grand Paris. Respectant l’équilibre des différents points de vue, la Maison de l’architecture a réuni Jacques Touchefeu (directeur général de l’EPA Orly Rungis – Seine Amont), Francis Lefevre (secrétaire général de la SEMMARIS), Christian de Portzamparc (architecte), Christian Hervy (Maire de Chevilly-Larue), Eliane Dutarte (conseillère du Délégué pour la Région Capitale à la DATAR). L’échange, animé par Philippe Simay, a mis en évidence la difficile équation entre le « bien vivre » et l’intérêt économique.

Suite à l’ouverture de séance par Bertrand Lemoine, directeur de l’Atelier international du Grand Paris (AIGP) et Raphaële Perron, élue à l’Ordre des architectes en Île-de-France, David Malaud et Manon Loisel (AIGP) ont présenté les cartes interactives, fruits des travaux de l’AIGP, accessibles sur le site de l’Atelier. Ces cartes sont confectionnées pour chacun des débats du cycle, et peuvent être consultées selon différentes entrées et échelles. La carte de Rungis vient s’ajouter à celles du Hub de Roissy-Charles de Gaulle et du port fluvial d’Achères.
Le territoire de Rungis est une place forte de l’économie francilienne et nationale, marqué par la détermination territoriale de ses deux pôles les plus visibles, l’enceinte fermée du Marché d’Intérêt National et l’implantation de l’aéroport d’Orly. Le pôle Orly-Rungis forme un bassin d’emplois riche et est une place représentative dans le PIB national.
Si ces sites sont porteurs de richesse et d’attractivité, ils sont également gourmands en termes d’hectares. Ils scindent, enclavent les territoires sur lesquels ils se développent. Le cimetière de Thiais, le centre commercial Belle Epine, les infrastructures autoroutières (A6, A7) et les zones d’entrepôts forment la trame de ce territoire éclaté.

Le territoire de Rungis, un objet complexe morcelé par des points de vue et des intérêts différents.
Christian de Portzamparc, fort de son expérience avec l’EPA-ORSA a expliqué que « comme dans une compétition, chaque organisme protégeant les intérêts d’un secteur de la ville se lance dans la course, avec un but en tête, arriver le premier dans le couloir qui lui est octroyé ». Il a ainsi retracé son expérience des projets urbains, pilotés par différents acteurs, eux-mêmes mus par différents enjeux, la fin d’un mandat, d’un contrat ou simplement la volonté de sortir vainqueur de la compétition. Francis Lefevre, secrétaire général de la Semmaris, a ensuite développé des éléments logistiques complexes liés à l’activité du Marché d’Intérêt National. Pourquoi effectuer le transport par Roissy plutôt que par Orly ? « La première raison est historique et l’on ne peut dissocier la fermeture des Halles de l’installation à Rungis. Et cette installation coïncide avec la création de l’aéroport de Roissy. » Pourquoi ne pas amorcer une perméabilité entre la ville et le marché ? Selon Francis Lefevre, la compacité de Rungis est la garantie de son opérativité pluraliste et internationale. La barrière de l’enceinte de Rungis demeure sa plus grande ressource. « Rungis a conquis sa première place de marché dans le monde grâce à sa réputation en matière de sécurité de la chaîne alimentaire. Il doit son rayonnement à la variété de produits et à l’autorité administrative qui s’assure d’un fonctionnement sans faille grâce à un périmètre fermé ». Christian Hervy, Maire de Chevilly-Larue a convenu de l’importance des ressources économiques que représente le pôle Orly-Rungis. Toutefois, en tant qu’élu local, il s’est dit préoccupé par la qualité urbaine à préserver et par « la souffrance des habitants ». « Orly et Rungis ont été choisies par le préfet et les maires n’ont pas eu leur mot à dire. En revanche, nous avons pour mission de respecter les populations ». Il a regretté la disparition d’une rue de Chevilly-Larue, connue comme Le chemin des amoureux et qui autrefois traversait le MIN de Rungis. Par ailleurs, « l’autoroute du Sud et son échangeur de 24 voies coupent la ville en deux et le cimetière de Thiais rend infranchissable l’accès au centre commercial Belle Epine ». Les différents participants au débat se sont dits conscients de la difficulté de prendre en compte des enjeux souvent antagonistes, ceux de l’efficacité économique et du bien-être individuel des habitants.

Peut-on fabriquer la ville ?
La tâche de l’aménageur n’est ici pas simple. Il doit concilier les accès, les connexions, la répartition et la mixité des fonctions ainsi que la logistique et une vision télescopique des enjeux. Jacques Touchefeu, directeur général de l'Etablissement Public d'Aménagement Orly Rungis - Seine Amont (EPA ORSA), a expliqué les grands axes du Plan Stratégique Directeur. « Ici, contrairement à d’autres sites, les enjeux sont démultipliés : hyper connectivité à toutes les échelles du transport - prolongement de la ligne 14 jusqu’à l’aéroport inclus -, excédent économique, richesse industrielle et des services… Il ne semble manquer que l’espace. La question qui se pose est : « Comment fabriquer la ville à quelques kilomètres de Paris ? ». Parmi les réponses que Jacques Touchefeu propose, il s’agit de trouver des adresses, des façades de ville, des identifiants (il a ici fait référence aux projets de stade de rugby et de Cité gastronomique à Chevilly-Larue). Le maire de Chevilly-Larue a fait part de sa perplexité par rapport à ce type de changements, craignant que, comme par le passé, « les décisions ne soient prises qu’à l’avantage de la capitale et que dans la précipitation, les tracés ne soient définis en dépit du matériel humain.». Il a alors constaté qu’il y avait jadis une ville, un marché de proximité et que « le progrès économique s’est fait au prix d’une violence imposée aux habitants. » Christian de Portzamparc a rétorqué : « Une ville ne se décrète pas ». Par une métaphore mythologique, il a résumé les effets des tracés par grands « tuyaux » de connectivité : « Ce que gagne Hermès (représentant la mobilité) en rapidité, Hestia (divinité du foyer) le perd en inscription physique». Pour amoindrir les effets de ces axes imposants, l’architecte propose de penser une dynamique rhizomique plutôt que de rester dans une perspective uniquement concentrique vers Paris. « Il faut faire passer la vie entre les « tuyaux » avec du logement mais aussi en se rebranchant sur une mobilité à pied et en vélo. Certains de ces « tuyaux » doivent devenir des avenues et laisser advenir des zones plus légères avec des services locaux, comme les écoles et d’autres paramètres de proximité. »

La métaphore du corps
Dans son rôle de « grand témoin », Eliane Dutarte, conseillère du délégué pour la Région Capitale à la DATAR, s’est félicité de « l’apport concret des participants à cette séance ». Elle a rappelé le sens du terme « métabolisme », apparaissant dans le titre des rencontres, comme « l’ensemble de transformations dans un corps vivant » et a comparé le territoire au corps humain, dont les parties fonctionnent de manière organique. « Si une partie est dissociée des autres, la machine ne marche plus ». Elle a pourtant accordé qu’il est inévitable de tenir compte de la place privilégiée de Paris. Son rayonnement historique et international profite à toute la région Île-de-France, qui reste le poumon économique de l’Hexagone.

Liliana Albertazzi


La carte interactive
créée par l’AIGP est consultable sur le site www.ateliergrandparis.com. Basée sur l’API Google maps©, elle permet d’allier une lecture analytique et informative du territoire à une découverte plus sensible de l’espace grâce à la navigation dans la photographie aérienne.

L’Ordre des architectes d'Île-de-France et l’Atelier International du Grand Paris ont lancé "Métabolismes de la Métropole : le Grand Paris en chantiers", 3 cycles de conférences-débats sur neuf situations du territoire francilien, organes fonctionnels au cœur de l’évolution de la métropole.

Premier cycle : « Logistiques Urbaines »
jeudi 11 octobre 2012 : La voie des airs : Roissy, Hub mondial
jeudi 22 novembre 2012 : Voie fluviale : Achères, plateforme sur Seine
jeudi 6 décembre 2012 : Le Grand marché : Rungis, ventre du Grand Paris

Deuxième cycle : « Economies immatérielles »
Jeudi 14 février 2013 - Centre d’affaires : La Défense, place d’échanges
Jeudi 21 mars 2013 - Le savoir : Saclay, laboratoire de connaissances
Jeudi 25 avril 2013 - Création : Plaine Commune, la fabrique de l’image

Troisième cycle : « Territoires d’industries »
Jeudi 23 mai 2013 - L'industrie de la santé : la Vallée de la Bièvre
Jeudi 20 juin 2013 - Assemblage aéronautique : Le Bourget
Jeudi 11 juillet 2013 - Production du durable : Marne La Vallée

Lieu :Maison de l’architecture 148 rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris

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