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Ça s’est passé à l’Ordre
21.3.2013
Saclay : un cluster scientifique qui se veut ville

Débat, jeudi 21 mars 2013 à 19h

L’Ordre des architectes d’Île-de-France et l’Atelier international du Grand Paris (AIGP) ont organisé le jeudi 21 mars, à la Maison de l’architecture, le deuxième débat du cycle sur les « Économies immatérielles » : « Le savoir : Saclay, laboratoire de connaissances ». L’occasion de revenir sur les liens qu’entretient le territoire métropolitain du plateau de Saclay avec des flux de production intellectuelle qui l’animent. Installé au sud de Paris, ce territoire, qui accueille déjà plus de 13 % de la recherche en Île-de-France, hébergera à partir de 2014 le campus Paris Saclay ainsi que quelque 50 000 nouveaux arrivants.

Divers acteurs (élus, architectes, paysagistes et urbanistes), qui travaillent au façonnement de ce territoire, exposent leur appréhension du sujet. Tous montrent le besoin d’intégration du site tant à l’échelle locale qu’à l’échelle métropolitaine et mondiale. En effet, ce projet universitaire ne constitue-t-il pas avant tout un projet d’aménagement urbain ?

Raphaële Perron, élue de l’Ordre des architectes d’Île-de-France, et Bertrand Lemoine, Directeur de l’Atelier international du Grand Paris, accueillent le public et les intervenants. Cyrille Poy, journaliste et animateur des débats, donne ensuite la parole à Manon Loisel, chargée d’études à l’AIGP, qui présente la carte interactive préparée pour la conférence par l’équipe de l’AIGP (disponible dans la cartothèque du site internet de l’Atelier). Elle met en lumière, via une légende interactive, les différentes problématiques afférentes au projet de Paris Saclay, « cluster mondial dans un paysage local ». Si la carte traduit le caractère enclavé du pôle de Saclay, qui abrite des espaces relativement fermés et des équipements à risques, elle permet aussi au public de s’interroger sur la dynamique d’ouverture qui l’anime en parallèle. Dynamique mise en lumière par le projet de Michel Desvigne, dont les prémices apparaissent sur la carte. À partir d’une comparaison entre six cartes interactives de clusters implantés à travers le monde, Aurélien Lazerges et David Malaud, chargés d’études à l’AIGP, énoncent ensuite les enjeux et problématiques auxquels un cluster, selon l’échelle adoptée, peut être confronté. Ils soulignent notamment que ces structures « dynamiques », dont les limites sont parfois « floues », évoluent dans le temps, passant « d’une dynamique locale à une intégration métropolitaine », d’une « organisation très formalisée à une organisation plus souple » (exemple de la Silicon Valley).

 

L’Université Paris Saclay : une synergie nécessaire de matières, d’acteurs et de grandes universités

C’est sur ce territoire en mutation que va s’édifier l’Université Paris Saclay. Dominique Vernay, Président de la Fondation de Coopération scientifique (FCS) souligne le « potentiel scientifique exceptionnel » de ce territoire, décoré à de multiples reprises (6 médailles Fields, médailles d’or et d’argent CNRS). Certaines lacunes viennent cependant noircir le tableau comme le manque de représentativité des disciplines Humanité et Arts, les relations insuffisantes avec les Entreprises de Taille intermédiaire et les PME. À cela s’ajoutent l’absence « d’une réelle communauté scientifique », la grande diversité des acteurs qui occupent le territoire, la « dispersion géographique » des structures, le manque d’aménagement et les difficultés d’accès au territoire. Le problème principal restant selon Dominique Vernay « l’absence de centralité » et donc de lieux de rencontres visibles. Le paysage académique fragmenté de Paris Saclay (11 grandes écoles, 2 universités, CEA, INSERM, CNRS, ONERA, INRA, etc.) manque ainsi d’efficacité globale par rapport à la compétition internationale. S’appuyant sur son rôle local et sur la forte « dynamique de coopération depuis les années 2000 », le campus Paris Saclay permettrait de transcender ce « millefeuille institutionnel » en un seul dispositif coopératif. L’Université de Paris Saclay alors visible mondialement, deviendrait un « acteur ouvert aux coopérations avec les autres acteurs d’Île-de-France ». Travailler à renforcer la collaboration de tous les acteurs, qui concourent, chacun à leur niveau, à la réussite du projet, reste la priorité selon Dominique Vernay. Le but étant de combler le « déficit en matière d’innovation » et d’offrir la possibilité aux étudiants et chercheurs d’évoluer au sein d’un « campus ouvert et attractif », un véritable « cluster cité », qui défierait l’attractivité de Paris intra-muros.

 

 

Préférer la compacité spatiale à un aménagement extensif

Créer de la ville autour de ce campus, tel est bien l’objectif de la démarche, rappelle Pierre Veltz, Président Directeur général de l’Établissement public Paris Saclay (EPPS). Revenant sur les vagues successives d’installation des infrastructures sur le plateau de Saclay, il parle d’un phénomène de « déconcentration parisienne » et évoque une « saine émulation » entre Paris et le plateau. Dimension d’ailleurs bien intégrée par les grandes écoles comme Centrale ou l’ENS Cachan puisqu’elles ont pris la décision de venir s’agréger à ce grand pôle (respectivement en 2017 et 2016). Autour du pôle universitaire se déploient 36 000 emplois dans la R&D, pour 100 000 emplois au total. L’objectif est de créer 30 000 emplois supplémentaires dans la R&D d’ici 2030. Demain, 500 000m² seront consacrés aux programmes scientifiques, contre 330 000 m² dédiés aux activités économiques. Concevoir de vrais quartiers, vivants et attractifs, abritant à la fois des logements étudiants (5 200 au total), mais aussi 4 500 logements familiaux (à l’ouest de la N118 et sur le territoire même de Polytechnique), telle est l’ambition du projet. Compacité du bâti rimera désormais avec respect de l’environnement, contrairement à ce qui est observé actuellement sur le plateau. Cela suppose l’irrigation du territoire par les transports, et notamment par le futur transport automatique léger, qui reliera Massy à Saclay, desservant le campus en trois points (mise en place prévue au plus tard pour 2023, selon les propos tenus par le Premier ministre le 6 mars dernier).

 

Une « géographie amplifiée » au service d’un nouvel espace de convivialité

Le projet de Michel Desvigne intègre les travaux réalisés par divers architectes, dont Xaveer De Geyter, Floris Alkemade, Jean-Marie Duthilleul ou encore Isabelle Menu. Le paysagiste revient sur une particularité de ce projet : l’échelle atypique du territoire. Selon lui, il convient en permanence de « ré étalonner son regard » sur ce territoire qui fait l’objet d’un projet urbain et donc d’un projet de transformation. L’espace à transformer étant immense, comment l’appréhender ? Évoquant l’aménagement du campus de Georgetown, à l’ouest de Washington, d’une taille comparable à celle de Saclay, il met en évidence le développement de la culture du système de parcs, apparu en 1901 et inspiré de villes comme Boston, Londres ou Paris. Se baser sur l’idée de la « géographie amplifiée » pour aménager le territoire, telle est la démarche privilégiée et revendiquée par Michel Desvigne. Elle consisterait ici à étudier la « charpente paysagère » du plateau de Saclay et à adjoindre des éléments à un relief préexistant, le bâti ne constituant en aucun cas l’unité du territoire. Et cela dans un souci de continuité et d’établissement de « lignes d’horizon communes » avec le plateau lui-même, mais aussi avec l’ensemble des quartiers concernés. On parlerait donc d’un « vaste réseau de structures et d’espaces publics qui lie les lieux de la recherche et les villes préexistantes », afin de « créer des conditions d’accueil exceptionnelles », loin de l’image que l’on a de la ville nouvelle posée ex nihilo dans les champs. Cet aménagement des espaces intermédiaires, où se mêleront agriculture, sports, jardins, lieux de loisirs, mettra en évidence la richesse du site et de ses occupants. Il s’agit bien d’« épaissir les lisières », comme il le préconisait déjà en 2010, de les dilater, de développer ces bandes de territoires entre zones urbanisées et zones agricoles et de permettre en leur sein la cohabitation des services publics, des agriculteurs et des habitants.

Saclay, un cluster mondial à l’échelle hyperlocale

La mondialisation restant un phénomène d’urbanisation généralisée, elle donne une « importance considérable à des amas urbains majeurs dispersés dans le monde », rappelle Michel Lussault, géographe et directeur de l’Institut français de l’éducation. Ces grappes urbaines, hébergeant au moins une zone dédiée aux sciences et aux technologies, produisent « une valeur ajoutée sociétale et globale » et jouent un rôle de plus en plus prépondérant, notamment en termes de PIB, face à l’acteur étatique. L’aire urbaine de New York affiche ainsi un PIB supérieur à celui de la Suisse. Saclay pourrait donc « faire partie de ces clusters agrégés à une métropole mondiale », celle de Paris. Pour autant, analyser le territoire de Saclay à l’échelle parisienne est inapproprié. Le géographe préfère engager une réflexion à l’échelle mondiale et hyperlocale. Ainsi, le jour où l’on « saclayisera Paris », on pourra parler de la réussite du plateau de Saclay. Il s’agit de « créer les conditions de densité et d’intensité urbaines » tout en évitant de privilégier la « logique du remplissage ». Cela concorde avec le projet de Michel Desvigne, qui consiste à « composer une urbanité intense à partir de ce que certains pourraient considérer a priori comme du vide », comme le préconisait par ailleurs Alan Berger, un des premiers à défendre cette idée.

 

Volontarisme politique chez les élus locaux : prendre en compte les besoins du terrain

David Bodet, président de la Communauté d’agglomération du Plateau de Saclay et 1er maire adjoint de Palaiseau, explique pour sa part que la priorité des élus est avant tout de défendre les habitants de ce territoire, car si le projet n’est pas accepté par les populations concernées, certaines « résistances pourraient enrayer son bon déroulement ». L’objectif étant donc de faire coïncider les enjeux nationaux et locaux. Le campus/cluster doit vivre le soir et le week-end et ne pas être coupé de la population qui l’entoure. Le maître mot reste donc celui de l’intensité ; le projet doit être caractérisé par sa mixité et s’intéresser à la satisfaction des besoins de tous les types de populations sur le territoire. Cette tâche reste délicate, car il faut parvenir à collaborer avec l’ensemble des partenaires concernés (État, région, fondations, EEPS, etc.). Multiplier les rencontres entre tous ces acteurs permettrait, selon David Bodet, de « travailler en synergie » et de « dégager une vision commune ».

Saclay en pratique : témoignages d’un chercheur et d’une jeune entrepreneuse

Allant à l’encontre d’idées évoquées en début de soirée, Christophe Blondel, trésorier du Syndicat national des Chercheurs scientifiques, estime que la visibilité du pôle de Saclay passera « par les résultats de la recherche ». Selon Christophe Blondel, la proximité ne crée pas la communication. Il n’est alors « pas nécessaire de se rapprocher pour échanger et communiquer », affirme-t-il. Le territoire étant très grand, il serait illusoire de croire que les agents se rencontreront plus facilement à l’avenir, même si de nouvelles structures sont implantées. Il souligne également que les prix et médailles déjà obtenus par le plateau de Saclay « montrent que cela fonctionne » et qu’il ne faut donc pas « encombrer le paysage avec des structures supplémentaires ». Dérive qui, par ailleurs, peut mener à l’inadaptation des réalisations des architectes face aux besoins des populations sur le territoire. Il regrette enfin que l’État préfère consacrer 200 M € au déménagement de l’École Centrale au lieu de combler le déficit de 2 M € de l’Université Paris Sud.

Témoignant à son tour de son expérience sur le plateau de Saclay, en tant qu’étudiante puis en tant qu’entrepreneuse, Cécile Schmollgruber, fondatrice de Stereolabs (studio de traitement des images 3D implanté sur le plateau), souligne que la proximité avec les autres acteurs du site est un atout pour son entreprise, qui collabore notamment avec un laboratoire du CEA. Elle évoque des interactions enrichissantes, malgré la taille du territoire. Deux ombres au tableau, selon elle : la question des transports et le manque d’infrastructures nécessaires à la vie des travailleurs du plateau (restaurants, notamment).

Rendez-vous le jeudi 25 avril 2013 pour la dernière conférence de ce deuxième cycle consacré aux économies immatérielles. Il sera question du territoire de Plaine Commune, cluster dédié à la création et au cinéma.

Martiane de Tholozany

 

La carte interactive créée par l’AIGP est consultable sur le site www.ateliergrandparis.com. Basée sur l’API Google maps©, elle permet d’allier une lecture analytique et informative du territoire à une découverte plus sensible de l’espace grâce à la navigation dans la photographie aérienne.


L’Ordre des architectes d'Île-de-France et l’Atelier International du Grand Paris ont lancé "Métabolismes de la Métropole : le Grand Paris en chantiers", 3 cycles de conférences-débats sur neuf situations du territoire francilien, organes fonctionnels au cœur de l’évolution de la métropole.

Premier cycle : « Logistiques Urbaines »
jeudi 11 octobre 2012 : La voie des airs : Roissy, Hub mondial
jeudi 22 novembre 2012 : Voie fluviale : Achères, plateforme sur Seine
jeudi 6 décembre 2012 : Le Grand marché : Rungis, ventre du Grand Paris

Deuxième cycle : « Economies immatérielles »
Jeudi 14 février 2013 - Centre d’affaires : La Défense, place d’échanges
Jeudi 21 mars 2013 - Le savoir : Saclay, laboratoire de connaissances
Jeudi 25 avril 2013 - Création : Plaine Commune, la fabrique de l’image

Troisième cycle : « Territoires d’industries »
Jeudi 23 mai 2013 - L'industrie de la santé : la Vallée de la Bièvre
Jeudi 20 juin 2013 - Assemblage aéronautique : Le Bourget
Jeudi 11 juillet 2013 - Production du durable : Marne La Vallée

Lieu :Maison de l’architecture 148 rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris

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