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25.4.2013
Plaine Commune : la fabrique de l’image, institutionnaliser la création ?

Débat, jeudi 25 avril 2013 à 19h

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Le 24 avril 2013 s’est tenu le dernier débat du deuxième cycle de conférences des Métabolismes de la Métropole, dédié aux “ Economies Immatérielles”. Après avoir remercié les conférenciers et le public pour leur présence à la Maison de l’architecture, Raphaële Perron, élue de l’Ordre des architectes d’Île-de-France, et Bertrand Lemoine, Directeur de l’Atelier international du Grand Paris (AIGP), ont confié l’animation de la discussion à Cyrille Poy. Débat consacré, ce soir-là, au territoire de Plaine Commune, communauté d’agglomération constituée de neuf communes, située au nord de Paris. Celle-ci réinvente son avenir par le biais de grands projets (Stade de France, Cité du cinéma). Le débat a permis d’explorer, à travers différents prismes, les dynamiques et les flux qui traversent cet espace dédié à la fabrique de l’image.

De la friche industrielle au projet urbain copiloté

Même si le territoire de Plaine Commune a su s’affranchir de son statut de plus grand bassin industriel d’Île-de-France, les stigmates de ce passé apparaissent comme autant de coupures urbaines sur la carte interactive réalisée par les équipes de l’AIGP et présentée par Manon Loisel, chargée d’études à l’Atelier. Cette carte met par ailleurs en évidence les difficultés majeures du territoire en termes spatiaux (traversé par le canal Saint-Denis, les voies ferrées et les autoroutes) et en termes socio-économiques (zones ANRU, opérations programmées d’amélioration de l’habitat, OPAH).

Dans les années 1990, pour tourner la page de l’ère industrielle, il apparaît nécessaire aux décideurs publics d’envisager l’avenir de ce territoire d’un point de vue local. A l’époque, il fallait privilégier un « co-pilotage politique du projet avec l’État », selon Patrick Braouezec, alors député-maire de Seine Saint-Denis et aujourd’hui Président de la Communauté d’agglomération de Plaine Commune. Il refuse alors la venue d’un Etablissement Public d’Aménagement (EPA) afin de conserver un vrai copilotage Etat-collectivités. Après de nombreuses études urbaines, le Stade de France voit le jour en 1998 et connaît le succès escompté. Les acteurs économiques commencent alors à s’intéresser à ces « grandes friches urbaines », qui représentent de réelles « opportunités foncières très proches de Paris ».

Le Contrat de Développement Territorial à l’origine du cluster des industries de la création

Mais comment favoriser le développement de ce bassin de vie qui rassemble 410 000 habitants (30 % de jeunes de moins de 20 ans et 40 % de jeunes de moins de 30 ans) sur la moitié de la surface de Paris et qui affiche un taux de chômage de 20 % ? Comment relancer la dynamique de Plaine Commune, qui héberge deux universités, Supméca, le campus Condorcet, de grands équipements (Stade de France, archives nationales, etc.) ? C’est en 2008, à l’initiative de Christian Blanc, alors Secrétaire d'État du Grand Paris, qu’émerge l’idée de développer sur le territoire de Plaine Commune un cluster des industries de la création.

D’un « cluster des industries de la création » à un « territoire des culture et de création »

Patrick Braouezec manifeste alors sa volonté d’élargir la réflexion à l’ensemble des activités culturelles et créatrices pour profiter du « foisonnement culturel » déjà présent et caractéristique du territoire, où sont notamment installés Philippe Découflé, Zingaro ou l’Académie Fratellini. Aujourd’hui, plus de 40 % du territoire de Plaine Commune est en mutation, comme le montre la carte interactive de l’AIGP (secteurs ANRU / projets de transports / ZAC et logements en projets). Et depuis le début des années 2000, nombre d’entreprises audiovisuelles et de lieux de diffusions et de pratiques artistiques et culturelles se sont implantés à Plaine Commune, soutenus par les acteurs du territoire (Communauté d’agglomération et EPA Plaine de France notamment). Dernier gros projet à avoir vu le jour dans le domaine de l’image, la Cité du cinéma, fondée à l’initiative de Luc Besson, qui joue le rôle de moteur au sein de cet espace, en tant que centre mondial de production d’images (tels que Cinecittà, Hollywood ou Bollywood).

Pour des centralités mixtes connectées entre elles

En avril 2013, le projet de Contrat de développement territorial « Territoire de la culture et de la création » est signé. Ce projet, qui imagine l’avenir du territoire pour les 15 années à venir, a notamment pour objectif de « renforcer les moyens de transport » (TNL, lignes de tramways, prolongement des lignes 12 et 14, ligne T8), rappelle Jean-Louis Subileau, urbaniste/aménageur, auteur d’une étude qui a servi de base à la rédaction du CDT. Ce dernier doit aussi favoriser une meilleure insertion urbaine des autoroutes qui « traversent et meurtrissent le territoire ». Ce contrat définit une « stratégie foncière » qui permet de diffuser le développement en structurant le territoire autour d’un réseau de centralités mixtes et connectées entre elles. Rappelant les « dynamiques de territoires existantes ou potentielles » et le « polycentrisme » évident de Plaine Commune, Patrick Braouezec évoque ainsi, tour à tour, le centre de Saint-Denis, le sud du territoire autour de la Plaine, Condorcet, le pont d’Aubervilliers, Pierrefitte-sur-Seine (Archives nationales), la tangentielle nord, les six gares nouvelles dépendant du Grand Paris Express et la Tour Pleyel, qui fera office de « lieu d’interconnexion le plus performant d’Île-de-France et peut-être de France ».

Un travail de requalification du réseau des espaces publics, en tant que supports de développement urbain, doit être engagé. « L’urbanisme de liaison », selon Jean-Louis Subileau, est en effet devenu essentiel pour garantir une mise en valeur efficace du territoire (travail sur les franchissements de la Seine, du canal, passage au-dessus des autoroutes et requalifications des voiries). Il lui apparaît par ailleurs tout aussi important de mettre en place une « grande figure paysagère bâtie autour de la Seine » –  étude urbaine menée dans le cadre de l’élaboration du CDT en collaboration avec le paysagiste Michel Desvigne – pour s’ouvrir sur le fleuve en se basant sur son armature urbaine, avec le canal comme point d’articulation. Enfin, le CDT doit « garantir le caractère soutenable et équilibré du développement du territoire ». Il propose ainsi 40 % de logements sociaux aux habitants du territoire.

Un cluster hybride…

François Decoster, architecte de l’agence AUC missionné par Plaine Commune pour réaliser des études sur le territoire, explique pour sa part le développement d’un cluster hybride. Le cluster classique, « monofonctionnel et assez spécialisé », ne correspondant pas, selon lui, au territoire de Plaine Commune, qui inscrit son développement dans celui du Grand Paris et qui a donc vocation à s’ouvrir. Hybride aussi, car marqué par un passé industriel et caractérisé par un « tissu complexe et hétérogène » (proximité de Paris, de l’aéroport de Roissy, du canal d’Aubervilliers, etc.). Le rejoignant dans son analyse, Djamel Klouche, urbaniste de l’agence AUC, rappelle que le projet urbain ne doit «  pas lisser ce territoire » mais au contraire « identifier des situations urbaines » différentes et parvenir à les faire cohabiter. De l’altérité naîtra la synergie. Près de la Seine (écoquartier de l’Ile-Saint-Denis) et de la Cité du cinéma, des réflexions sont ainsi menées, montrant que l’on peut « développer le logement tout en préservant des activités industrielles ». Ce projet prévoit d’ailleurs, pour chaque opération, d’imposer 30 % de locaux proposant des loyers accessibles aux professions liées à l’économie de la création (ateliers, logements, bureaux, etc.). Le territoire de Plaine Commune permet de « développer cet urbanisme de l’altérité » et de la mixité, qui fait toute sa richesse.

…où l’on mise sur la synergie et l’altérité

C’est l’idée d’altérité que Julien Beller défend au travers de son expérience. Architecte et Président du 6B, lieu de culture et de créativité étendu sur 7 000 m² et installé dans le quartier Gare-Confluence dans un ancien site industriel, il attend de ce territoire qu’il s’enrichisse en laissant « une place à toutes ces altérités » (chômeurs, actifs, Roms, etc.). Tout comme le territoire sur lequel il se développe, le 6B favorise la rencontre de populations différentes et voit évoluer ses défis en même temps que l’espace se transforme. Le 6B permet aujourd’hui à 150 résidents de travailler ensemble (associations, entreprises, individus, etc.) en synergie, de partager et de cultiver cette altérité. En l’investissant, les résidents du 6B créent l’identité du lieu et d’une partie du territoire.

La gare-pont comme point de diffusion de la polarisation du territoire

Le projet de Djamel Klouche et de François Decoster, en collaboration avec la Société du Grand Paris (SGP), implante la gare de Pleyel à l'ouest du faisceau ferré. Cette gare-pont, qui viendrait « relier les deux côtés du réseau ferré », favoriserait une connexion internationale avec la future gare TGV qui viendrait s’implanter à Pleyel. Elle permettrait aussi de relier des « polarités de banlieue à banlieue » et les différents secteurs à la métropole (liens vers le marché aux puces de Saint-Ouen, vers la Seine, etc.). La gare représente par là même, un « véritable espace public et un lieu de diffusion » ; elle joue le rôle de « machine à produire de l’urbanité ». Constituée en forme d’Y, elle sera associée à des tours qui s’adosseront au faisceau ferré, engendrant l’apparition d’une « intensité urbaine autour de la gare ». Se constituera ainsi un méta îlot, « pièce métropolitaine repérable dans le monde », composée de trois bandes : l’une relative aux bureaux, l’autre aux activités créatives et la dernière aux logements. Selon les deux architectes, le nouveau hub de Pleyel entraîne l’avènement d’un « effet de polarisation » évident, qu’il convient de diffuser sur le territoire.

Offrant une belle conclusion au débat, Éric Garandeau, Président du CNC, souligne l’investissement du CNC sur le territoire de Plaine Commune, « l’un des territoires les plus dynamiques et riches au monde en termes de concentration d’industries, de PME, d’artisans et d’artistes travaillant notamment sur l’image ». Selon lui, le lien entre industrie cinématographique et architecture est fort, car, tout comme le producteur organise le film et la mise en scène, « l’architecture conditionne la pensée » que l’on se fait du territoire. Et il ne fait pas de doute qu’aujourd’hui, le territoire de Plaine Commune travaille à renforcer la mixité qui le caractérise, à la fois sur le plan social, sur le plan territorial et sur le plan politique.

La carte interactive créée par l’AIGP est consultable sur le site www.ateliergrandparis.com. Basée sur l’API Google maps©, elle permet d’allier une lecture analytique et informative du territoire à une découverte plus sensible de l’espace grâce à la navigation dans la photographie aérienne.

L’Ordre des architectes d'Île-de-France et l’Atelier International du Grand Paris ont lancé "Métabolismes de la Métropole : le Grand Paris en chantiers", 3 cycles de conférences-débats sur neuf situations du territoire francilien, organes fonctionnels au cœur de l’évolution de la métropole.


Premier cycle : « Logistiques Urbaines »
jeudi 11 octobre 2012 : La voie des airs : Roissy, Hub mondial
jeudi 22 novembre 2012 : Voie fluviale : Achères, plateforme sur Seine
jeudi 6 décembre 2012 : Le Grand marché : Rungis, ventre du Grand Paris

Deuxième cycle : « Economies immatérielles »
Jeudi 14 février 2013 - Centre d’affaires : La Défense, place d’échanges
Jeudi 21 mars 2013 - Le savoir : Saclay, laboratoire de connaissances
Jeudi 25 avril 2013 - Création : Plaine Commune, la fabrique de l’image

Troisième cycle : « Territoires d’industries »
Jeudi 23 mai 2013 - L'industrie de la santé : la Vallée de la Bièvre
Jeudi 20 juin 2013 - Production du durable : Marne La Vallée
Jeudi 11 juillet 2013 - Assemblage aéronautique et espace : Le Bourget

Lieu :Maison de l’architecture 148 rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris

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