Architecture et patrimoine au service du cœur des villes

11 avr 2019Édito

Plusieurs années de politiques d'aménagement du territoire ont mené les centres d’un grand nombre de villes de France à l’abandon. Voilà plus de trente ans que l'étalement urbain – mitage sur les terres agricoles par les lotissements et autres centres commerciaux – a peu à peu vidé les villes de leurs commerces de proximité, et de leurs habitants.

Seuls les spécialistes dénonçaient les logiques courts-termistes qui ont cours, et désormais les élus et les citoyens se retrouvent confrontés aux lourdes conséquences de ces choix d'aménagement. À présent, la vacance, commerciale ou de l'habitat, se révèle au grand jour. En oubliant les cœurs de ville, nous avons oublié de prendre soin des habitants. Nous nous réveillons aujourd'hui avec des enjeux cruciaux de réhabilitation et d'adaptation du patrimoine bâti pour l'habitat et le commerce, mais aussi de conception d’espaces publics et du renouveau des équipements culturels. Tout cela permettant de donner un coup d’arrêt salutaire à l’étalement urbain.

Pour les habitants, les élus locaux, les professionnels de l’aménagement et de l’acte de construire, les acteurs associatifs, redonner vie au cœur des villes est un enjeu de taille qui ne peut être différé.

C'est dans ce contexte qu'ont eu lieu les deuxièmes « rencontres nationales des actions cœur de Ville », le 19 mars dernier à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine. Signal fort : les ministères de la Culture et de la Cohésion des territoires y ont fait (enfin) front commun pour engager des politiques cohérentes et nécessairement coordonnées : pour que leurs services respectifs parlent d'une même voie sur le terrain.

L’architecture et l'aménagement urbain y tiennent une place centrale. L’implication de notre profession est nécessaire en amont des projets de territoire, afin d'éviter de retrouver, en fin de chaîne, des appels d'offres incohérents ou en contradiction avec les logiques de territoire.

Nous, architectes, dont la synthèse est le cœur de métier, savons l’importance d’appréhender chacun de ces projets au cas par cas, de façon transversale, en fédérant l’ensemble des acteurs, en prenant en compte l’existant, le paysage, les usages, la culture et l'histoire du lieu.

Nos expertises doivent être pleinement mobilisées sur ces territoires en devenir pour : engager une réflexion et une action à bonne échelle, préconiser un juste investissement, penser l’aménagement en fonction des nouveaux modes de vie, faire jouer tous les leviers du développement durable.

Aussi, il nous a semblé primordial de placer votre « assemblée annuelle » du 12 avril, sous le signe de l’« architecture en circuit-court ».

À travers un programme riche et divers de visites, d’ateliers, de rencontres, le Conseil de l’Ordre d’Île-de-France joint la parole aux actes. Il manifeste une conviction profonde : privilégier les savoir-faire et les matériaux locaux.

Voilà pourquoi nous sommes heureux de vous y accueillir. Voilà pourquoi nous poursuivons notre action pour que les architectes se mobilisent pour être acteurs du changement, et se positionnent massivement sur ces sujets qui fondent notre engagement et le « vivre ensemble » dans le respect du bien commun.

Christine Leconte, Présidente de l’Ordre des architectes d’Île-de-France
 

Photo : ©Ville d'Aurillac