Repensons nos modèles

07 mai 2020Édito

C’est paradoxalement parce que nous sommes aujourd’hui tous vulnérables face à ce qui nous arrive qu’il n’y a pas de meilleur moment pour opérer un changement véritable. Ce moment, il faut que nous le saisissions ensemble. En acceptant le confinement en quelques heures, nous avons démontré une capacité collective au changement.

Démontrons maintenant que nous sommes capables, en quelques mois, de nous adapter à de nouvelles conditions de vie et de travail.

Face à ces défis, notre responsabilité ne peut être que collective. Notre approche de la gestion de reprise des chantiers nous donne un aperçu suffisant de la désorganisation de notre secteur pour gérer la crise environnementale tous ensemble. Il faut se reprendre.

 

Notre secteur, celui du bâtiment et des travaux publics, est totalement à repenser, de la petite à la grande échelle. On peut citer quelques enjeux : la mobilité, l’équilibre territorial, la gestion des ressources et des déchets, la protection de la biodiversité. Il faut également se questionner sur le modèle économique de la production du logement, de nos entreprises, ou sur la gestion du foncier.

Posons ensemble des objectifs forts. À l’instar de Bruno Latour, dans le web magazine AOC, qui recommande d’instaurer des gestes barrières pour ne pas revenir au monde d’avant, demandons-nous ce que nous pourrions lâcher dans le secteur du BTP.

La crise actuelle questionne nos choix d’aménagement du territoire : pollution, réchauffement climatique, imperméabilisation des sols… Il est temps pour nous de lâcher le gaspillage des ressources, de limiter l’impact de l’urbanisation sur nos terres nourricières, de réhabiliter plutôt que de construire. Il est temps d’équilibrer nos territoires, de réinvestir nos villes moyennes.

La crise actuelle questionne également nos choix en matière d’urbanisme et de logement : si le confinement a bien mis une chose en exergue, c’est qu’il est grand temps que les logements soient dignes. L’inadaptation criante d’une partie du parc est révélée par la crise. Cela influe sur les vies de famille, sur l’éducation et les jeux des enfants, sur le télétravail.

La crise a aussi révélé le besoin de vivre ensemble. La solidarité avec nos soignants, partagée chaque soir à nos fenêtres, en témoigne suffisamment. L’habitat ne peut plus être considéré comme un produit économique, une statistique, une répartition typologique. C’est le fondement même de nos existences.

Christine Leconte, Présidente de l'Ordre des architectes d'Île-de-France

Ce texte est issu de l'article de Métropolitiques en date du 5/05/2020 - BTP : évitons le retour à l'anormal !

Image : l'architecture, Pixabay.com