Aux actes, Monsieur le Président !

24 juin 2019Édito

À l'occasion de la remise du Pritzker Price, le 24 mai dernier, vous avez reçu, à l'Elysée, le vainqueur du prix et un certain nombre de professionnels de l’Architecture. Lors de votre discours, vous avez souligné avec raison que : « l'Architecture est éminemment politique », donnant ainsi à l'Architecture une place « particulière » dans la société.

Votre discours a été engageant, détaillant les enjeux cruciaux de notre époque : les stratégies urbaines et la lutte contre l’étalement urbain,  le questionnement de nos modèles de villes actuels, la lutte contre la précarité et la transition écologique, la mise en valeur des matériaux bio ou géo-sourcés. Et même un parallèle entre architecture et démocratie.

Nous attendions l'annonce de mesures phares en fin de discours, malgré une inquiétude liée aux dernières mesures ayant impacté le secteur du logement (Loi Elan). Cela n'a pas été le cas au moment même où sortent les lois Notre-Dame ou sur les sites classés : aucun élément n'abonde aujourd’hui en ce sens.

Monsieur le Président, l'Architecture peut être l'atout majeur de votre politique post grand débat. Nous en sommes convaincus. C'est aussi un moment pour l'Etat de mieux coordonner le travail de ses services et des autres collectivités territoriales, notamment sur les territoires : nous avons besoin d'eux. Mais il faut plus de transversalité sur les sujets et moins de travail en silo. Il est bien temps de questionner l'ANRU, les politiques urbaines, la gestion des aides publiques en ce qui concerne la précarité énergétique et l’aménagement.

Porteur de solutions, dans ces défis qui attendent la société, l'Architecture est positive. Nous voulons construire ces Lois avec vous et le gouvernement pour ouvrir les portes vers ce qui est possible, avec exigence, comme nous savons le faire dans nos projets. Pour que les garanties aux citoyens d’un accès au bâti, à la ville, à un urbanisme durable, solidaires et de qualité puissent être tenues.

Et nous avons besoin, pour cela, d'un soutien politique, car l'architecture doit toucher tous les territoires, et s'appuyer à chaque échelle sur le réseau de professionnels du cadre de vie qui y sont implantés.

Oui, Monsieur le Président de la République, l’architecture est politique. Et elle ne peut l'être qu'avec « le » politique. En vous accompagnant en amont des Lois. Vous l'avez dit vous-même, Il faut des politiques transversales, harmonisées et pertinentes menées au bénéfice de tous, et d’abord des plus faibles, des territoires laissés en jachère. Pour cela, il faut consulter largement et s'entourer.

Le rôle de notre institution est précisément d'éclairer la décision publique sur les choix qui concernent les politiques de notre cadre de vie. Elle est là pour questionner et faire évoluer un système qui aujourd'hui frôle souvent la schizophrénie, afin d'en améliorer grandement le fonctionnement. En Île-de-France, comme sur d'autres territoires, nous souhaitons participer à cet éclairage des politiques publiques. Certaines de nos positions font parfois grincer des dents, n'étant pas toujours consensuelles, car elles questionnent les limites des modèles économiques qui doivent aujourd'hui être repensés pour être mieux adaptés aux enjeux du monde actuel par des réponses innovantes.

Nous avons des propositions sur tous ces sujets. Avec tous nos partenaires professionnels et institutionnels, du 21 au 23 novembre, l’événement « Réparer la Ville » que nous organisons, sera l’occasion de questionner les politiques de la ville actuelles et de proposer de nouvelles voies, ouvrant sur un futur souhaitable et partagé.

Vous y êtes le bienvenu, Monsieur le Président !

Christine Leconte, Présidente de l’Ordre des architectes d’Île-de-France

photo : CNOA, (Elysee.fr)
Déclaration d'Emmanuel Macron à l’occasion du Prix Pritzker d’architecture 2019

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