Changer la ville

12 nov 2018Édito

Consommation croissante de gaz à effet de serre dans les villes, épuisement programmé du sable pour faire toujours plus de béton, inondations catastrophiques dans l’Aude, effondrements mortels d’immeubles à Marseille… Ces catastrophes nous interpellent sur les limites d’un modèle de développement. Et la nécessité d’en construire un autre, fondé sur le respect de nos biens communs.

Comme l’ensemble des secteurs d’activités, nous ne pouvons plus continuer à consommer les ressources de manière illimitée. Les territoires doivent désormais être plus « ménagés » qu'aménagés : ils constituent notre bien le plus précieux et leur consommation à outrance doit cesser. La ville de demain doit être celle du « déjà-là » et de l'existant.

Les auteurs du Manifeste pour une frugalité heureuse, dont font partie les architectes Philippe Madec et Dominique Gauzin-Müller, nous rappellent qu'il n'y a pas d'opposition entre la frugalité (de la matière, de la technique, des bâtiments et des territoires) et la qualité de ce que nous construisons, bien au contraire. En Île-de-France, l'engagement que nous prenons en faveur du développement des matériaux biosourcés illustre cette ambition de changement. Sur les territoires, ces transitions qui valorisent les ressources locales sont engagées.

C’est pour faire croître l'utilisation de ces matériaux que nous avons organisé cette année plusieurs évènements de sensibilisations, de formations autour de leur mise en œuvre. Il faut montrer que les acteurs sont prêts. C'est pourquoi nous structurons notre action dans un comité de filière regroupant la Chambre d’agriculture de Région Île-de-France et l’ensemble des filières de matériaux biosourcés.

Des réalisations exemplaires prouvent de manière croissante les vertus de ces matériaux et valorisent une architecture écologique, qui se préoccupe du confort et de la santé de ses occupants. C'est en ce sens que nous organisons avec Ekopolis, le cycle de soirées « Retours sur le durable » qui met en lumière des projets mobilisant d'ores et déjà ces ressources.

Du côté des acteurs publics, les lignes doivent aussi bouger. Il ne s'agit plus de paroles dont nous avons besoin, mais d'actes fermes. En avril, le Président de la République s’est engagé en faveur de la réorganisation de la filière bois, nous attendons que cela soit suivi des faits... La Région Île-de-France présentera prochainement une stratégie de développement des matériaux biosourcés que nous évoquerons bientôt avec Alexandra Dublanche, vice-présidente en charge de ces questions. En parallèle, nous menons une action de sensibilisation auprès de la Solidéo, l’organisme en charge de la construction des sites olympiques.

L’ensemble des acteurs de la construction doivent prendre leurs responsabilités. Les architectes ont notamment un rôle phare de prescripteurs si leur maître d'ouvrage les soutienne. Dans un secteur du bâtiment qui pèse plus de 130 milliards d’euros par an en France, c’est une responsabilité importante…

Il y a urgence à trouver des réponses pour régénérer la ville. À l’heure actuelle, nous savons déjà que les engagements pris par la France lors de la COP21 ne seront pas tenus. Et pour cause : les ressources de sable s’amenuisent, mais la consommation mondiale devrait doubler d’ici 2060. Les terres agricoles se raréfient, mais 65.000 hectares continuent d’être bétonnés tous les ans. La rénovation énergétique est l’une des principales réserves d’économie d’énergie, mais les aides de l’Etat ont été divisées par deux et trois quarts des opérations de réhabilitation n’ont aucun impact écologique. Pendant ce temps,  en Île-de-France, les grands projets – Grand Paris Express, Jeux Olympiques – nourrissent la tentation du business as usual alors même qu'ils pourraient être la locomotive des changements que nous évoquons.

Il faut désormais de l’ambition politique et un engagement de l’ensemble des acteurs de la construction. Pour ce faire, nous devons investir dans la plus essentielle des matières premières. Ce n’est ni le pétrole ni la data ; mais la matière grise et l’intelligence collective.

Christine Leconte, Présidente de l'Ordre des architectes d'Île-de-France

Centre culturel Cornebarrieu (31) - APM Architecture & associé - ©Coloco image : Fabien David

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