La réhabilitation, notre chantier commun

01 Mar 2019Édito

« L'Architecture d'aujourd'hui est le patrimoine de demain ». Cette phrase résonne lorsqu'il s'agit de porter un regard éclairé sur l'héritage architectural du XXème siècle.

Les œuvres récentes d'une génération d'architectes proche de nous marquent aujourd'hui le récit urbain de l'Île-de-France. Méconnues du grand public, souvent considérées comme du bâti du quotidien, non protégées pour la plupart au titre des monuments historiques, elles possèdent bien souvent une qualité d'habitat bien supérieure aux productions privées standardisées récentes.

Ces ensembles de logements, à Grigny, à Evry, à Nanterre, à Pantin, peuvent s'enorgueillir d'appartenir à l'histoire sociale de la France. Leurs habitants y sont très attachés, leurs racines y sont ancrées. Et aujourd'hui les qualités urbaines et spatiales de ces projets sont précieuses dans une métropole où le foncier se fait rare, et où l’immobilier est devenu un produit économique. Un logement pour tous - dans une métropole où le mètre carré se négocie à plus de 10 000 euros en son centre - est un bien public précieux.

Les menaces qui pèsent aujourd’hui sur la Cité-jardin de la Butte-Rouge à Chatenay-Malabry (Hauts-de-Seine) sont réelles et illustrent une nouvelle fois la vigilance dont nous devons faire preuve. La Cité-jardin est réputée dans les écoles d'architecture qui viennent la voir depuis le monde entier. Sa qualité urbaine et paysagère, sa transformation en 7 phases successives et la qualité architecturale des seuils, des logements confèrent à ce lieu un potentiel unique dans la métropole.

L’Etat et les élus locaux ont le devoir d'accompagner la rénovation de ce patrimoine collectif dans le respect de ce qu'il est et représente. Nous n'avons pas le droit de le brader aux intérêts privés, au détriment des habitants et de la qualité des espaces.

Lors des diagnostics préliminaires à la rénovation, l’expertise des professionnels du cadre de vie et du bâtiment pèse paradoxalement peu car trop souvent, au nom « d’une rénovation et d’une mixité urbaine », les décideurs appliquent des mécanismes obsolètes et réducteurs, reposant principalement sur une approche financière et économique de nos lieux de vie. L’exemple de Chatenay-Malabry est caractéristique et bien qu'il soit dans la lumière, de nombreux autres patrimoines, moins connus, subissent la même pression.

Préserver ces territoires, véritables remparts face à la gentrification actuelle, est possible et réalisable.
Nombreux sont les exemples qui le prouvent. La réhabilitation permet de conjuguer habitabilité, confort, durabilité, créativité et respect de notre histoire urbaine.

« Réparer ce patrimoine collectif » suppose une analyse fine, experte et transversale. Le devoir de conseil est constitutif du métier d’architecte. Nous sommes les mieux placés pour accompagner maires et collectivités dans la réhabilitation. À nous de saisir pleinement ces enjeux qui regorgent d’opportunités pour notre profession, en révélant les potentialités des bâtiments existants dans une approche harmonieuse des territoires et des paysages. Faisons de la réhabilitation notre chantier commun !
 

Christine Leconte, Présidente de l’Ordre des architectes d’Île-de-France
 

Photo : ©Sites & Monuments/ Barbara Gutglas

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