3 questions à… Fabien Gantois

30 Mar 20223 questions à

A l’aune de l’élection présidentielle, Fabien Gantois, président de l’Ordre des architectes d'Île-de-France, a souhaité préciser ses positions sur trois sujets essentiels pour mener à bien une politique de l’habitat guidée par les principes de l’expertise architecturale.

  1. 1) La Vente en Etat Futur d’Achèvement (VEFA) occupe aujourd’hui une place prépondérante dans la construction de nouveaux logements, notamment dans notre région Île-de-France : quel regard portez-vous sur ce dispositif dont le recours s’est accéléré ces dernières années ?
  2.  

Le recours accru à la VEFA est symptomatique d’une volonté politique uniquement concentrée sur la quantité au détriment de la qualité, comme si l’une excluait l’autre.  On le remarque via l’utilisation massive de la VEFA dans la construction de logements sociaux qui restreint la diversification des types et des formes dans l’habitat ; les bailleurs qui s’engagent dans ce processus ne peuvent plus être force de proposition au niveau de programmes qui leur échappent, il se retrouvent in fine à n’être que des acheteurs de produits standardisés perdant ainsi tout contrôle sur la conception de leur parc immobilier. Par ailleurs, en reportant aux promoteurs la programmation et le choix du projet architectural, ce processus confidentialise la construction de la ville alors même que nos concitoyens sont aujourd’hui massivement dans une attente d’une fabrication plus démocratique de la ville.

C’est pourquoi l’Ordre des architectes d’Île-de-France estime qu’il faut construire mieux, et pondérer le constat du « plus de logements » selon les réalités et les territoires. Pour renverser la vapeur, il faut revoir les processus et mettre sur la table les moyens nécessaires à la hauteur des besoins et des attentes de nos concitoyens en termes d’habitat. Il ne s’agit pas simplement de moyens financiers, mais aussi du conseil et de l’expertise que chacun doit pouvoir trouver, politiques et citoyens, sur l’ensemble du territoire. Des actions expérimentales, comme l’AMI « Engagés pour la qualité du logement de demain » sont utiles, elles doivent être généralisées.

2) Plus largement, cette élection présidentielle invite à s’interroger sur la notion de « valeur logement » : qu’entendez-vous par cette formulation ?

En Île-de-France, la question du logement est un sujet éminemment social. Les prix des logements ont drastiquement augmenté ces vingt dernières années sans que l’amélioration de leur qualité soit toujours au rendez-vous. Il y a, sur ce sujet, une sorte de résignation des habitants. Il faut donc les écouter. Le récent rapport de la Fondation Abbé Pierre sur l’état du mal-logement est révélateur : la qualité du logement n’est pas assez prise en compte par les décideurs politiques. De plus, la question du logement participe clairement à l’accentuation des inégalités dans notre région, au sein même d’un territoire ou entre ces derniers. Le Conseil de l’Ordre d’Île de France, qui a formulé et formulera des pistes sur ce sujet, estime qu’un plan d'investissements qualitatifs transversal touchant le neuf et la réhabilitation est nécessaire, pour aller plus loin que la question du nombre du logement ou de la seule entrée énergétique.

La « valeur logement », c’est donc avant tout l’apport social et sociétal que doit avoir le logement au service d’un meilleur cadre de vie en Île-de-France et dans notre pays. Il faut pour cela mobiliser l’ensemble des acteurs du logement car la qualité d’un projet architectural ne relève pas exclusivement de la responsabilité de l’architecte et de son équipe d’ingénieurs. Les élus, les entreprises, les banques et les financeurs publics, les assureurs doivent se l’approprier en responsabilité.

  1. 3) Vous proposez la mise en place d’un Diagnostic Résilience Climatique (DRC) : pourriez-vous nous expliquer en quoi consisterait cette démarche ?
  2.  

L’adaptation des bâtiments existants au réchauffement climatique doit être une priorité. L’accent est surtout mis aujourd’hui sur le confort d’hiver et les déperditions globales. On doit aller plus loin, au risque de voir fleurir les climatiseurs, ou de reléguer une grande partie du parc inadapté aux canicules. Ces situations climatiques extrêmes que nous connaissons avec une plus grande régularité ont des conséquences sanitaires et de santé publique majeures pour les populations. C’est notamment le cas en particulier pour les plus défavorisés qui vivent dans des habitats anciens, inadaptés aux canicules. C’est pourquoi nous proposons la mise en place d’un Diagnostic de Résilience Climatique (DRC) qui permettra d’informer locataire et propriétaire sur la capacité du logement à être habitable en période caniculaire. Le DRC sera au confort d’été ce que le DPE est à la consommation énergétique d’un logement.

Mais ceci appelle aussi une vision plus globale tenant compte de la démographie : ce diagnostic devra faire partie intégrante d’un grand plan de rénovation du bâti dont la finalité est de dégager des économies d’énergie mais aussi tendre vers des habitats plus vertueux et sensiblement plus respectueux de la santé de chacun.

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