3 questions à... Jean-Marc Zuretti

28 sep 20223 questions à

Jean-Marc Zuretti, Chef du Service régional de l’Architecture et des Espaces patrimoniaux au sein de la DRAC Île-de-France, revient sur les missions du service déconcentré de l’Etat et le travail mené avec le CROAIF pour la promotion de l’intérêt public de l’architecture.

  1. 1- Quelles sont les principales missions de votre Service au sein de la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France ?
  2.  

Le service est issu de deux transformations : la première opérée début 2019, en référence à la loi NOTRE, voulait réunir et coordonner en un service métropolitain l'ensemble des architectes des Bâtiments de France de Paris et de la petite couronne. Puis, fin 2020, Laurent Roturier nouveau directeur régional a voulu élargir le périmètre d'action à l'ensemble de la région, tout en intégrant le service de l'architecture. De fait, l'une des premières missions consiste à accompagner le développement et l'adaptation des espaces protégés gérés par les ABF, avec la création ou la révision des sites patrimoniaux remarquables (SPR) et des périmètres délimités des abords (PDA).

Le nouveau droit ouvert aux maires et aux demandeurs, de pouvoir faire recours contre les avis des architectes des bâtiments de France, suscite par ailleurs, pour le service, un volume d'activité en forte progression, même s'il ne porte que sur une part infime des 75 000 actes émis chaque année par les ABF dans la région (+25% en une année). L'instruction dans les UDAP ne permet pas à leurs agents d'être complètement disponibles mais les recours conduisent parfois, avec ou sans intervention d'un élu local comme médiateur, à renégocier certains projets.

Pour éviter les recours et faciliter la conception des projets en adéquation avec les objectifs de mise en valeur des espaces patrimoniaux et du bâti ancien, le service veut mettre en place des guides d'intervention, tout particulièrement sur la rénovation énergétique. Nous savons que ce type d'intervention va être massifié pour répondre à la crise énergétique et traiter la dépendance aux coûts de l'énergie et nous devons proposer des solutions adéquates. La production de ces fiches mobilisera des partenaires de terrain en capitalisant leurs réalisations exemplaires : CAUE, parcs naturels régionaux, collectivités territoriales… ainsi que les architectes et ingénieurs qui ont développé une expertise salutaire en la matière.

Par ailleurs, la DRAC aide financièrement les initiatives de médiation et de promotion de la qualité architecturale : l'Observatoire de la qualité architecturale du logement ainsi que les itinéraires rassemblés dans l'Archipel francilien par les CAUE d'Île-de-France, par exemple, ou Close-up, le nouveau festival du film d'architecture. Nous soutenons également l'activité des dix Villes-et-Pays d'Art et d'Histoire de la région, ainsi que de beaux projets d'éducation artistique et culturelle, exemplaires pour les autres régions, telle l'École d'architecture pour enfants (CAUE 75), les expositions thématiques de la Maison de banlieue et de l'architecture à Athis-Mons ou la Ville rêvée des enfants, proposée par la Maison de l'architecture d'Île-de-France.

 

  1. 2- L’Ordre des architectes est sous tutelle du ministère de la Culture, et donc en régions de la DRAC : quelles sont actuellement les actions emblématiques de promotion de l’intérêt public de l’architecture par les services de l’Etat ?
  2.  

Il faut tout d'abord citer deux dispositions complémentaires, qui s'articulent parfois dans le temps : la protection au titre des monuments historiques et la labellisation comme Architecture contemporaine remarquable (ACR). Ce label, sans être une protection, doit conduire à mobiliser les compétences et expertises pour trouver des solutions exemplaires de réhabilitation, de transformation et d'adaptation aux exigences nouvelles de confort et de performance énergétique.

Il s'agit, à mon sens, d'élaborer de nouvelles doctrines d'intervention sur des architectures emblématiques. Les dernières campagnes de labellisation sur les immeubles constitutifs de l'identité de la métropole du Grand Paris, sur les lycées ou sur des réalisations dans les villes nouvelles d'Évry ou de Cergy fixent l'horizon de nos responsabilités.

Le travail exercé dans les espaces patrimoniaux par les ABF sert également l'architecture qu'il s'agisse de respecter les architecture modernes et contemporaines ou d'exprimer des exigences pour des créations architecturales à venir. Ainsi, je pense au travail d'une jeune ABF pour défendre les bâtiments des années 50 édifiés dans le domaine de Launay et occupés par l'université de Paris Saclay ; aux interventions de l'ABF en charge du Marais, saluées par Rem Koolhass lors de la livraison de la fondation Lafayette Anticipation… comme à toutes les fois où des avis ont été rendus pour calmer des programmes excessifs, éviter des expressions architecturales trop individualistes, voire autosuffisantes et questionner certains attendus au prisme de l'intérêt commun et du paysage urbain commun.

Sur ces deux points : interventions sur l'architecture existante appelée à s'adapter comme sur les projets neufs, il sera nécessaire et utile de conjoindre nos efforts pour valoriser les engagements et les réalisations méritantes. Pour ne prendre qu'un exemple, nous ne pouvons, collectivement, nous satisfaire du recours aux pastiches d'architecture haussmannienne ou classique pour recomposer et densifier les territoires périurbains. À cet égard, soyons prêts pour contribuer à la définition des programmes comme des caractères architecturaux et urbains des futurs quartiers de gare.

 

  1. 3- Les liens de travail entre le DRAC et le CROAIF sont forts. Pouvez-vous nous en dire plus ? Quel regard portez-vous sur cette collaboration avec nos élus et nos services ?
  2.  

Il nous faut resserrer les liens entre les différents réseaux ou collectifs qui irriguent l'architecture : CAUE, ENSA, CROA, DRAC et UDAP, en particulier, pour développer des actions communes en plus grand nombre, intéresser davantage de nos concitoyens à apprécier l'architecture et le travail de l'architecte au moment où nous devons adapter radicalement notre cadre de vie au changement climatique.

Aussi, je me réjouis de la vitalité des échanges avec le CROAIF et avec chaque collectif cité mais sans doute pourrions-nous, ensemble, définir des stratégies complémentaires au regard de nos objectifs communs.

Le mois de l'architecture, commencé avec les Journées européennes du patrimoine, connaîtra une séquence d'évènements plus dense lors des Journées nationales de l'architecture les 14, 15 et 16 octobre. Sans doute devons-nous envisager, pour 2023, une plus forte coordination pour créer des événements particuliers à cette occasion.

Dans cette perspective et pour le moment, nous avons défini avec nos collègues du ministère de la transition écologique (DRIEAT), les CAUE d'Île-de-France et des enseignants, la trame d'un concours ouvert aux étudiants des écoles d'architecture. Celui-ci "Réinventer l'existant" portera sur la transformation et sur l'adaptation de l'architecture existante au changement climatique. Octobre 2023 sera ainsi le moment de célébrer, avec vous, les nouveaux talents en architecture mobilisés sur les qualités du monde de demain.

Jean-Marc Zuretti, chef du Service régional de l'architecture et des espaces patrimoniaux (SRAEP) - DRAC Île-de-France

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