La révolution numérique : un potentiel de développement équilibré et partagé de nos territoires

21 Mar 2017Actualités

Contribution de Jean-Michel Daquin, Président de l'Ordre des architectes d'Île-de-France aux Universités d'été de l'Architecture 2017 à Paris #UTILES.

En 2015, la Stratégie nationale pour l’Architecture a défini trois axes d’action pour l’avenir de l’architecture : « développer », « sensibiliser », « innover » avec un objectif affirmé : faire évoluer les pratiques architecturales pour répondre aux défis d’un monde qui change. Evolution des modes de vie, des mobilités, vieillissement de la population, révolution numérique, préservation de la planète : les mutations sociologiques et technologiques s’accélèrent ; elles modifient en profondeur les besoins et les manières d’aménager les Villes et les territoires.

L’irruption du numérique et des innovations « disruptives » (Stiegler, 2016) bouleverse des pans entiers de l’activité économique. Elle comporte des risques importants de dégradation, de destruction sociale, au sein d’un marché et d’une économie transformés. L’exercice du métier d’architecte ne fait pas exception. La prééminence d’Internet crée de nouvelles concurrences : elle fait courir le risque d’une conception délocalisée, et d’une survalorisation du design et de l’image au détriment de l’usage. Il y a là une distorsion croissante entre des projets, ancrés dans leur matérialité et leur contexte et des projets virtuels, déconnectés des territoires.

Dans le même temps, l’implication des acteurs privés dans la construction et l’aménagement des espaces publics s’intensifie. Nombre de signes confirment ce glissement : réduction à portion congrue de la place des acteurs publics dans le processus d’élaboration de « projets innovants », bailleurs sociaux devenus le plus souvent acheteurs et logements sociaux réalisés en masse en VEFA (Vente en l’Etat Futur d’Achèvement), multiplication des PPP (Partenariat Public-Privé) …

Sans doute les acteurs privés perçoivent-ils dans ces bouleversements l’opportunité de mettre en place de nouveaux modèles de conception, de réalisation et de gestion. Au moment où le numérique transforme la manière de faire les villes (les stratégies smart cities), cette tendance croissante interroge sur les intérêts économiques, et in fine sur les marges d’action des acteurs et des citoyens. Qui décide ? Dans quelles conditions ? Comment agir alors et garantir la place de l’intérêt général dans l’aménagement des territoires ?

Nous sommes contemporains d’une nouvelle révolution industrielle porteuse d’opportunités multiples (Rifkin, 2011, 2014). La révolution numérique est l’occasion de proposer un modèle plus collaboratif, d’amplifier les échanges entre les architectes et les maîtres d’ouvrage et de monter en compétence. Elle permet également de diffuser largement les techniques, les expérimentations, la production architecturale et urbaine, facilitant ainsi le partage de représentations avec des habitants toujours plus connectés.

En cela, la révolution numérique est un potentiel de développement équilibré et partagé de nos territoires. Mais garantir les progrès de la révolution numérique ne se fera que si la liberté d’action, l’indépendance des architectes et des acteurs de l’aménagement qui œuvrent à la qualité des territoires sont préservées et renforcées.

L’Ordre des architectes se voit doté d’une responsabilité nouvelle. Outre les missions régaliennes qui fondent sa légitimité, son rôle est plus que jamais de diagnostiquer l’impact de ces mutations et d’en prévenir les dérives. Par son expertise et son énergie, il est surtout porteur de ces formidables opportunités. Sa mission est aussi de changer la vision qu’ont les architectes d’eux-mêmes pour que nous assumions pleinement notre place dans l’acte de bâtir et d’aménager, que nous répondions mieux aux attentes sociales des habitants et aux impératifs d’un développement durable.

Nous voulons créer les conditions de réussite de la révolution du métier, en soutenant les pratiques pionnières, entrepreneuriat innovant (pépinières, incubateurs de projets) et en proposant une offre de formation étoffée en permanence, notamment pour répondre aux nouveaux champs ouverts par la loi Liberté, Création, Architecture et Patrimoine (LCAP).

Aucun des risques inscrits dans les transformations économiques et technologiques n’est écrit d’avance. Les mutations à l’œuvre concernent l’ensemble des acteurs de la maîtrise d’ouvrage et de  la maîtrise d’œuvre : elles obligent chacun à repenser ses modèles et sa place dans la « fabrique » de la Ville. Ni démiurges ni simples exécutants, parmi les acteurs de l’aménagement, les architectes disposent d’une aptitude à gérer la complexité. Leurs champs d’intervention se sont profondément élargis dans le cadre de projets sans cesse plus complexes, à la confluence des impératifs de transition énergétique et de l’exigence de participation citoyenne. Cette capacité fonde la valeur ajoutée de notre profession, son positionnement transversal dans le diagnostic, la conception de la Ville et l’aménagement des territoires.

Ensemble, architectes, acteurs publics et privés de l’aménagement et de la construction, réaffirmons et faisons valoir l’intérêt public, c’est à dire le bien commun : nos territoires et les politiques publiques indispensables à leur transformation vertueuse.

Retrouvez toutes les contributions sur le site des Universités d'été de l'Architecture

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