Réhabiliter : bâtir l’avenir. Jamais l’avenir n’a été aussi présent !

09 oct 2026Édito

Répondre aux urgences et anticiper commence dès aujourd’hui, par chaque décision et chaque action des acteurs de la ville et de l’architecture. Car les transformations auxquelles nous sommes confrontés — climatiques, sociales, territoriales — nous obligent à regarder autrement nos villes, nos bâtiments et nos espaces publics. C’est sur ces sujets que la présidente Laurence Bertaud a souhaité donner la parole à Johannie Bouffier Hartmann, conseillère ordinale et membre du groupe de travail sur les Journées nationales de l'architecture. 

En parallèle, les politiques publiques s’inscrivent dans le temps long. La loi de 1977 sur l’architecture, qui institutionnalise l’intérêt public de l’architecture, est ainsi réinterrogée dans une démarche prospective à travers les « Récits d’avenir » des Actions territoriales, actions portées conjointement par le Conseil national de l’Ordre des architectes et l’ensemble des Ordres en région. Cette mise en perspective nous invite à réfléchir à ce que doit être l’architecture demain, en prospective, mais aussi à la manière dont nous pouvons, dès aujourd’hui, préparer cet avenir.

La réhabilitation est au cœur de cette réflexion

Réhabiliter, c’est d’abord prendre soin de l’existant et du vivant. C’est permettre une nouvelle vie et de nouveaux usages aux bâtiments et aux territoires, en révélant les potentialités de ce qui est déjà là : ce qui peut être préservé, réemployé, transformé, adapté. C’est aussi limiter l’étalement urbain et préserver, régénérer les espaces de nature en ville et dans les territoires. 

Mais réhabiliter, c’est surtout prendre soin des habitants et des usagers.

En Île-de-France, région encore marquée par de fortes inégalités sociales et territoriales, la transformation des territoires constitue un enjeu majeur. Il s’agit d’offrir à chacune et chacun des conditions de vie dignes, tout en répondant aux préoccupations citoyennes qui s’amplifient face aux multiples crises auxquelles nous sommes confrontés.

Les conséquences du changement climatique, éprouvées encore récemment par la succession d’événements extrêmes, réinterrogent avec une acuité nouvelle notre manière d’habiter. Elles nous obligent à adapter l’existant : bâtiments mieux ventilés naturellement et traversants, confort d’été, protection solaire, ombrage, végétalisation, désimperméabilisation, nature en ville… Autant de réponses qui doivent être pensées ensemble, du bâtiment à l’espace public, du quartier au territoire.

Le bâti scolaire est à cet égard particulièrement révélateur.

Une école, un collège ou un lycée est bien davantage qu'un bâtiment : c’est un lieu d’apprentissage, de vie collective et d’émancipation. Son architecture participe directement aux conditions dans lesquelles les jeunes apprennent, travaillent, se rencontrent et construisent leur avenir.

Alors que la France connaît actuellement une mobilisation lycéenne sans précédent qui remet notamment sur le devant de la scène les conditions d’étude et de vie dans les établissements, cette question prend une résonance particulière. Quel environnement voulons-nous offrir à notre jeunesse pour apprendre et se préparer au monde de demain ? 

Réhabiliter les établissements scolaires, c’est répondre aux besoins immédiats — confort, sécurité, qualité de l’air, adaptation climatique, accessibilité — mais c’est aussi anticiper les usages et les pédagogies de demain. C’est considérer l’architecture comme un outil éducatif à part entière, capable d’évoluer avec celles et ceux qui l’occupent.

C’est précisément l’un des sujets qui a été abordé le 6 octobre dernier aux Récollets, dans le cadre d’« Architectures et Territoires – Récits d’avenir : perspectives sur la loi sur l’architecture de 1977 », autour de l’architecture scolaire, de son inscription dans la vie quotidienne et de son rôle dans les conditions d’apprentissage.

Les Journées nationales de l’architecture, consacrées cette année au thème « Réhabiliter : bâtir l’avenir », prolongeront cette réflexion à travers une programmation de promenades architecturales et urbaines, ainsi que des ateliers destinés aux jeunes, aux adolescents et aux adultes.

À chaque échelle — celle du bâtiment, du quartier, de la ville ou du territoire — il s’agit de mieux comprendre comment transformer l’existant plutôt que de repartir systématiquement de zéro et de produire des déchets en quantité désormais insoutenable. 

Cette même exigence doit guider les politiques de renouvellement urbain. La poursuite de la politique de la ville, notamment à travers le troisième programme de renouvellement urbain (PNRU 3), doit permettre d’actualiser les démarches engagées en intégrant pleinement les nouvelles données climatiques, mais aussi les enjeux économiques, sociaux, de services publics et de mobilité.

L’investissement urbain ne peut être dissocié de l’accompagnement humain.

L’adaptation des logements et des quartiers au changement climatique, l’accompagnement du vieillissement, les politiques en faveur de la jeunesse, l’insertion professionnelle ou encore l’accès aux services doivent trouver leur place aux côtés des opérations portant sur le bâti et l’aménagement, imaginées en co-construction pour être au plus près des besoins.

Il appartient aux pouvoirs publics d’inscrire ces exigences dans les nouveaux programmes de politiques publiques, afin de répondre aux alertes, aux attentes et aux nécessités des situations auxquelles nous sommes confrontés.

Car réhabiliter ne consiste pas seulement à réparer ce qui existe.

Réhabiliter, c’est révéler, transformer et transmettre.

C’est retrouver un équilibre entre les fonctions de la ville. C’est préserver les ressources, les matériaux, les bâtiments, les milieux et le vivant. C’est créer les conditions de nouveaux usages. C’est anticiper les crises à venir tout en améliorant dès maintenant les conditions de vie.

Prendre soin de l’existant
Prendre soin des milieux
Prendre soin des habitants et des usagers

C’est peut-être cela, finalement, bâtir l’avenir : ne pas opposer le temps de l’urgence à celui du long terme, mais faire de chaque transformation engagée aujourd’hui une manière de préparer le monde dans lequel nous vivrons demain.

 

Johannie Bouffier Hartmann, conseillère ordinale du CROAIF. 

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