Pensées climatiques

31 aoû 2026Édito

Sommes-nous devenus les témoins des bouleversements d’une planète qui s’achemine vers une forme d’anéantissement, ou sommes-nous encore capables d’apprendre d’elle, du vivant, pour nous intégrer à cette nouvelle ère et inventer une nouvelle manière de vivre ensemble ?

L’été 2026 nous rappelle brutalement cette question. Les canicules se répètent, deviennent plus précoces, plus longues et plus intenses. En juin, la France a connu une canicule d’une intensité jamais observée dans l’Hexagone, avec 72 départements placés en vigilance rouge. La sécheresse qui l’a accompagnée a également accru le risque de feux de végétation et de forêt.

Les incendies ne concernent plus seulement les territoires méditerranéens. Ils touchent désormais des espaces jusqu’ici moins associés à ce risque, y compris en Île-de-France. Cette nouvelle géographie des dangers nous oblige à repenser notre rapport au territoire, à l’architecture et à l’aménagement.

Il nous faut penser le long terme. Habiter la terre, dans les airs ou dans l’eau, peu importe : les solutions sont là. Ingénieurs et architectes œuvrent depuis longtemps à l’invention de ce nouveau monde. Mais il faut désormais donner à ces solutions les moyens d’exister à grande échelle.

L’architecture est à un tournant : elle doit porter de nouvelles pensées et mettre en place un cadre de vie résilient, durable, respectueux du vivant. Cela signifie concevoir des bâtiments capables de supporter les canicules, des villes qui donnent davantage de place à l’ombre, à l’eau et aux sols vivants, des quartiers qui réduisent les îlots de chaleur et des territoires capables de mieux prévenir les incendies et les sécheresses.

L’adaptation ne peut plus être une politique secondaire. Elle doit devenir une priorité publique, avec des financements à la hauteur des transformations nécessaires. Le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique existe désormais et prévoit d’intégrer l’adaptation dans l’ensemble des politiques publiques. La trajectoire de référence adoptée en 2026 doit notamment guider l’urbanisme, le logement, les infrastructures, l’agriculture, la santé et l’aménagement du territoire.

Mais il faut aller plus loin : aucune décision publique ne devrait désormais être prise sans se demander si elle est adaptée au climat qui vient. Chaque investissement, chaque projet urbain, chaque infrastructure doit être pensé avec cette réalité.

Car nous ne pouvons plus attendre la prochaine canicule pour agir, le prochain incendie pour renforcer nos moyens, ou la prochaine sécheresse pour repenser notre gestion de l’eau. L’adaptation doit devenir une culture de l’anticipation.

Serons-nous demain des refuges climatiques, ou inventerons-nous un nouveau monde avec ce qui restera ?

À l’ère des canicules, des incendies et des bouleversements naturels, il nous faut choisir. Non pas lutter contre le vivant, mais apprendre à vivre avec lui.

Laurence Bertaud, Présidente de l'Ordre des architectes d'Île-de-France

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