3 questions à... Houda Bendib

09 oct 20263 questions à

À l'occasion des Journées nationales de l'architecture 2026, l'Ordre des architectes d'Île-de-France a souhaité interroger Houda Bendib, vice-présidente du CROAIF, sur cette nouvelle édition, placée sous le thème "Réhabiliter : construire l'avenir". 

1. Les Journées nationales de l’architecture seront placées sous le thème « Réhabiliter : bâtir l’avenir ». Qu’est-ce que cette thématique vous évoque en tant que conseillère ordinale et dans votre engagement ?

Ce thème traduit une conviction que je porte depuis toujours : notre avenir ne se construira pas contre l’existant, mais avec lui. Réhabiliter, c’est reconnaître la valeur du déjà-là, comprendre ce dont nous avons hérité et lui donner les moyens de répondre aux besoins de demain.

C’est prendre soin de notre patrimoine bâti, mais aussi de celles et ceux qui l’habitent. Dans mon exercice professionnel comme dans mon engagement ordinal, je défends une architecture capable de réparer, d’adapter et de transformer sans renoncer à la création. Face aux défis de notre société, l’architecture ne peut être réduite à une prestation technique. Elle relève de l’intérêt public et doit occuper toute sa place dans les décisions qui façonnent notre cadre de vie.

C’est le sens de mon engagement au sein de l’Ordre : défendre une profession indépendante, responsable et reconnue pour son rôle essentiel auprès de la société.

2. Face aux enjeux environnementaux, sociaux et urbains, pourquoi la réhabilitation de l’existant est-elle un levier essentiel pour construire la ville de demain ?

Nous traversons une crise du logement profonde, tandis que les canicules se multiplient et que de nombreux bâtiments ne sont plus adaptés aux conditions climatiques actuelles. À cela s’ajoutent l’urgence de réduire nos émissions de carbone, la raréfaction des ressources et la nécessité de préserver les sols. La réhabilitation constitue une réponse majeure à ces enjeux, à condition de ne pas la réduire à une succession d’interventions techniques.

Tout commence par un diagnostic approfondi, une compréhension du bâtiment, de ses qualités, de ses fragilités et de ses usages. C’est cette connaissance qui permet de concevoir des solutions pertinentes : améliorer le confort d’été, favoriser la ventilation naturelle, valoriser l’inertie thermique, adapter les logements ou transformer des bâtiments vacants pour répondre à de nouveaux besoins.

La réhabilitation permet ainsi d’agir simultanément sur la qualité de l’habitat, la transition écologique et la préservation de notre patrimoine. L’architecture apporte cette vision d’ensemble indispensable. Elle permet de dépasser les réponses standardisées pour proposer des transformations adaptées à chaque situation.

Nous devons désormais faire de la réhabilitation une véritable priorité des politiques publiques. Car la ville de demain existe déjà en grande partie : notre responsabilité est de lui permettre de mieux répondre aux besoins de ses habitants.

3. Comment le CROAIF souhaite-t-il sensibiliser le grand public à la valeur de la réhabilitation et au rôle des architectes dans cette transformation ? Quelle est sa programmation cette année ?

L’architecture concerne chacun d’entre nous. Elle influence notre quotidien, notre santé, notre confort et notre manière d’habiter les territoires. Pourtant, le rôle de l’architecte dans la transformation de l’existant reste encore trop peu connu. Les Journées nationales de l’architecture permettent de rendre ce travail visible et de rapprocher les citoyens de celles et ceux qui conçoivent leur cadre de vie. Cette année, le CROAIF propose notamment la découverte du projet « Oasis dans la fournaise » à la Porte de Clignancourt, une visite de la Porte de la Villette avec l’agence TVK, ainsi que des parcours autour de Fernand Pouillon et du patrimoine de Boulogne-Billancourt. Aux Récollets, des ateliers consacrés à la terre crue, aux cités-jardins et à la transformation de l’existant inviteront petits et grands à découvrir d’autres manières de construire et d'habiter.

À travers cette programmation, nous souhaitons montrer que notre patrimoine n’est pas figé et qu’il représente une formidable ressource pour inventer de nouveaux usages. Notre responsabilité en tant qu’Ordre va cependant au-delà de la sensibilisation. Nous devons faire entendre auprès des citoyens et des décideurs publics que la qualité des transformations repose sur le diagnostic, la conception et une véritable ambition architecturale.

Face à la crise du logement et au changement climatique, l’architecture doit être reconnue comme une composante essentielle des solutions, dès les premières réflexions et non une fois les décisions prises. Nous avons déjà une grande partie de la ville de demain sous nos yeux. Donnons-nous les moyens, et surtout l’ambition, de la transformer intelligemment.

Houda Bendib, vice-présidente de l'Ordre des architectes d'Île-de-France

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