Emmanuelle Borne - "Positionner la profession comme un maillon incontournable du projet urbain… et politique"

03 avr 20173 questions à

Entretien avec Emmanuelle Borne, rédactrice en chef de L’Architecture d’Aujourd’hui

1/ A l’heure où l’architecture et l’urbanisme sont presque absents des débats de l’élection présidentielle, quelle était la démarche et comment avez-vous été reçue pour cette enquête ?
Lors des élections de 2012, L’Architecture d’Aujourd’hui avait déjà sollicité les trois principaux candidats de l’époque (François Hollande, Nicolas Sarkozy et François Bayrou). C’est justement parce qu’en 2017, comme en 2012, l’architecture et l’urbanisme sont rarement cités dans les promesses de campagne qu’il nous a paru essentiel de solliciter à nouveau les candidats sur des questions relatives à la qualité architecturale et à la politique de la ville. Nous avons choisi d’interpeller les candidats en tête des sondages, même s’ils fluctuent constamment, à l’exception du Front National, dont les valeurs sont trop éloignées de celles défendues par AA. Malgré les affaires qui plombent la candidature de François Fillon, nous avons interrogé celui qui continue de représenter Les Républicains. Jean-Luc Mélenchon nous a répondu via la voix d’une de ses porte-paroles, Charlotte Girard, et Emmanuel Macron a également répondu présent. Seules les équipes de Benoît Hamon n’ont, malgré nos relances, pas donné suite. Dans tous les cas, il a fallu insister : nos cadres de vie sont importants mais visiblement pas prioritaires.
 
2/ Selon vous, quels en sont les grands enseignements et les grandes tendances ?
La façon dont les candidats abordent la ville, l’architecture, l’aménagement du territoire ou le patrimoine traduit sans équivoque leurs positions respectives pour d’autres secteurs. Ainsi, sur la question du logement social, celle sans doute qu’ils maîtrisent le mieux, Charlotte Girard, qui a répondu pour Jean-Luc Mélenchon, a mis l’accent sur le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre sur le mal logement et rappelle l’une des principales propositions de son candidat à cet égard, la production en cinq ans d’un million de logements « véritablement » sociaux. Sans surprise, François Fillon défend le désengagement de l’Etat en estimant qu’il faut territorialiser les politiques du logement plutôt que d’en faire un objectif national. Enfin, Emmanuel Macron – qui fut d’ailleurs le plus prolixe dans ses réponses – souligne comme le représentant des Républicains les disparités territoriales, mais lui estime que l’Etat peut y agir via des Opérations d’Intérêt National. Tous sont du côté du curseur où on les attend.
 
3/ Au regard des récentes évolutions législatives et des résultats de cette enquête, comment la profession doit-elle se positionner dans le cadre de la prochaine mandature ?
D’évidence, la profession doit continuer à se faire entendre, et toujours plus fort. Certes, les dernières évolutions législatives sont encourageantes – la loi LCAP permet d’envisager une véritable régénération de certains territoires – mais les effets de l’urbanisation galopante conjugués à la méconnaissance du rôle de l’architecte restent dévastateurs. L’architecte n’est pas seulement garant de la qualité architecturale de nos environnements urbains. Il peut et doit mettre à profit ses compétences auprès des élus et de tous les « faiseurs » de ville, dont les promoteurs privés. Auprès de ces derniers, il doit défendre son savoir-faire plutôt que de chercher à ménager son client. Et c’est à la presse, spécialisée et moins spécialisée, de diffuser ces efforts [François Fillon, Emmanuel Macron… ou Marine Le Pen : quelle que soit l’issue de cette campagne]. Les architectes et l’ensemble de leurs représentants doivent continuer à positionner la profession comme un maillon incontournable du projet urbain… et politique. 
 

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