3 questions à... Houda Bendib, Vice-Présidente du Conseil de l'Ordre des architectes d'Île-de-France

18 avr 20243 questions à

Il est donc fondamental de placer la question de l’architecture et du cadre de vie au centre d’une démarche d’expérimentation en affichant la qualité environnementale comme un levier. 

1 - Comment le CROAIF appréhende la crise de la construction neuve de ces derniers mois, quelles éléments entend-t-il mettre en œuvre dans les mois qui viennent ?

Nous vivons une crise inédite avec une hausse des prix des matériaux et de l'énergie mais aussi un manque criant de logements. Alors que notre société est pleinement touchée par le dérèglement climatique, cette crise devrait être une opportunité pour l’ensemble des acteurs du monde de la construction de revoir le modèle de conception et de production des constructions neuves pour y introduire une plus grande qualité architecturale.

La crise peut être l’opportunité de rappeler que l’architecte recèle des solutions, et de dire ce que notre institution souhaite pour l’architecture. L’architecture c’est aussi et surtout désormais : soigner, réparer, rénover, réhabiliter, plutôt que démolir et de reconstruire.

La construction neuve et la réhabilitation de l’existant ne peuvent plus être opposées. Elles sont les deux faces d’une même solution, d’une même ambition : proposer aux franciliens des logements confortables et qui répondent à leurs attentes.  

C’est pourquoi le Conseil de l’Ordre de l’Île-de-France continuera d’être force de propositions ; de débattre avec les collectivités et les différents acteurs franciliens, pour œuvrer collectivement à la réinvention de l’usage des bâtiments et répondre aux besoins des franciliens. 

2 – Justement, dans quelle mesure la massification de la rénovation du bâti existant peut être une solution pérenne et durable pour répondre à cette crise et aux besoins des Franciliens ?

L’offre de logement ne peut en l’état répondre aux besoins des franciliens. L'offre d'accueil et d'accompagnement peine aussi à répondre aux besoins des personnes défavorisées ou en situation d'exclusion. C’est pourquoi la rénovation de l’existant est un levier essentiel. La dynamique de rénovation, rythme, ampleur, qualité, doit s’appuyer et se focaliser sur les rénovations réellement performantes, les plus globales possibles et à des coûts assumables.

La massification doit aussi évidemment prendre en compte la préservation de l'environnement, tendre à la réduction du coût des travaux et à l'amélioration de la qualité de vie. L’amélioration des performances énergétiques du parc bâti francilien passe par une réduction des besoins énergétiques de ces bâtiments. Rénover c’est aussi lutter contre les « passoires thermiques » et la précarité énergétique dont les premières victimes sont les Franciliens.

Ces objectifs des pouvoirs publics, que nous partageons, liés à la transition écologique, comme l’étalement urbain, le fait de présenter une densité désirable, ne peuvent être dissociés d’une pédagogie et d’un dialogue avec les élus locaux et les citoyens, à partir de leurs attentes, dont les architectes sont parties prenantes.

 

3 - Selon le Conseil régional de l'Ordre comment en Île-de-France, l'architecture et les architectes sont-ils sur le terrain les catalyseurs d’un renouveau de la filière du logement au service de l'amélioration du cadre de vie ?

La recherche d’efficacité et de rentabilité ne peut pas ignorer la réalité du temps long dans lequel l’action politique s’inscrit. Si on se limite à traiter l’urgence par une recherche d’efficacité et de rentabilité immédiate, on reproduira inévitablement les erreurs.

De tous temps, la création architecturale a permis inventer de nouveaux modes d’habiter qui répondent aux besoins d’une société en constante évolution. Penser le projet dans sa globalité, comme un mode de vivre, de circuler, d’habiter, de consommer ou encore de s’épanouir, est l’une des clés. Penser le projet comme évolutif, sur le temps long, est également indispensable ne serait ce qu’en termes d’économie des deniers publics.

L’ensemble des parties prenantes doivent veiller à ce que les actions engagées aujourd’hui n’entravent pas celles des générations futures : c’est le principe fondateur du développement durable. La compétence de l’architecte relève précisément de sa capacité à inscrire efficacement le projet architectural et urbain dans ces différentes temporalités.

Il est donc fondamental de placer la question de l’architecture et du cadre de vie au centre d’une démarche d’expérimentation en affichant la qualité environnementale comme un levier, vecteur de l’attractivité sociale, environnementale et économique des territoires franciliens.

 

Houda Bendib, Vice-Présidente de l'Ordre des architectes d'Île-de-France

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