3 questions à... Soraya Baït-Ihaddadene

21 Mar 20233 questions à

Soraya Baït-Ihaddadene est architecte et conseillère ordinale à l'Ordre des architectes d'Île-de-France. Nous avons souhaité recueillir ses réponses sur les enjeux et les thèmes qu'abordera le nouveau cycle de conférence "Retours sur le durable", organisé en partenariat avec Ekopolis. 

  1. 1 - Le 10e cycle "Retours sur le Durable" s'est ouvert le 20 mars 2023 aux Récollets. En quoi symbolise-t-il la collaboration fructueuse entre le CROAIF et Ekopolis, co-organisateurs de cet événement ?

Le lien entre Ekopolis et le CROAIF remonte à 2009, suite au lancement du projet d’Ekopolis, pôle de ressources pour l’aménagement et la construction durables. Le Cycle de conférences « Retours sur le durable » a été lancé en 2013. Cette même année, le Croaif deviendra membre associé et signataire des statuts d’Ekopolis, lors de la séance fondatrice de l’association.

J’ajouterai que ce 10e cycle RSD fait écho à l’autre cycle de séminaire « Réhabi(li)ter » développé et porté par Ekopolis, qui amplifie la diffusion d’une culture commune autour de la réutilisation et transformation du bâti existant, dans une approche frugale et inventive.

Cette collaboration, que je qualifierais de naturelle, est fructueuse en raison du réseau qu’elle mobilise et des connaissances qu’elle diffuse largement dans les différents cercles institutionnels, professionnels et citoyens.

  1. 2 - Cette nouvelle édition est consacrée à la rénovation et à la réhabilitation du bâti existant. En quoi est-ce un enjeu fondamental pour la profession d'architecte et l'architecture de demain ?
     

La rénovation reste un mot chargé de connotation négative en raison de son usage dans l’urbanisme : elle renvoie à la démolition.

En architecture, nous lui préférons les termes de requalification et réhabilitation qui engage un travail global sur la solidité, l’usage, le confort, ainsi que la qualité architecturale. Ces actions sont au cœur de notre profession, car nous savons que la ville de demain est déjà là. Notre profession est mobilisée dans ce vaste chantier exigeant, dont l’enjeu est fondamentalement écologique, dans ses trois visées : sociétale, économique et politique. Nous nous situons à l’articulation d’un changement majeur de pensée et d’agir, dans le sens où nous économisons la matière, enrichissons l’usage, améliorons l’habitabilité et augmentons la valeur de la première ressource, que nous ne dépensons pas : le bâti qui est déjà là. Cette économie de la matière répond à un souci de préservation du sol, qui répond aux objectifs poursuivis par le ZAN.

L’approche partagée que nous défendons est une partition en clé de RE, à la fois exigeante, engageante et créative, pour REdresser, REqualifier, RÉhabiliter, RÉparer, RÉutiliser, RÉemployer, REfaire, RÉtablir, REvaloriser, REmettre en état, pour enfin permettre de RÉhabiter pleinement.

L’architecture offre cette synthèse essentielle et responsable entre habitabilité et atteinte de la neutralité carbone, afin de préserver nos écosystèmes et nos milieux de vie.

L’architecture s’est toujours saisie de l’existant, comme matière à projet, riche et inventive, à préserver, à transformer, à adapter et à améliorer suivant les époques et les impératifs. Aujourd’hui, il est urgent d’encourager et d’amplifier la réhabilitation pour « faire durer », dans les meilleures conditions.

En allant au-delà de l’amélioration des performances énergétiques, les architectes proposent une démarche de réhabilitation et requalification globale du bâti existant.

  1. 3 - Lors du 1er épisode, il sera question d'explorer l'importance de l'approche sociale dans les projets de rénovation du bâti par le biais de projets emblématiques en Île-de-France. Pouvez-vous expliquer plus précisément ce lien fort entre bien-être social des habitants et rénovation des logements ?
     

Pour commencer, nous pouvons définir ce qu’est le bien-être social. Cette notion a pris une grande ampleur, depuis la pandémie. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». Le bien-être est ainsi tourné vers la qualité de vie, qui résonne avec l’idée de « l’atmosphère urbaine conviviale » défendue par l’IUA. La convivialité appelle le ménagement et le prendre soin. Dans cette acceptation, le bien-être est possible en redonnant une place centrale au lien et à la relation, entre les différentes composantes de l’établissement humain, pour lutter contre l’isolement et ouvrir vers plus d’inclusion et de solidarités, qui sont le ciment de tout projet sociétal.

Dans le contexte de crise multidimensionnelle que nous vivons, la précarité, qui est une traduction des inégalités, gagne du terrain et touche de nouvelles populations, bien au-delà des plus vulnérables. Le bâti dégradé, allant de la vétusté jusqu’à la menace de ruine, en est la face visible.

Ce gigantesque chantier, croise tous les indicateurs du risque et concentre des figures et formes multiples de fragilités : humaine, sociale, sanitaire, économique, énergétique et climatique. Par exemple, l’état dégradé dans l’habitat, en activant d’autres fragilités, est un facteur de risque majeur affectant, parfois de manière définitive, les différents domaines de l’existence.

Face à la complexité croissante de notre monde et à l’urgence de l’action, qui fait aujourd’hui consensus, la réhabilitation et requalification architecturale est un levier capable d’activer des solutions globales qui embarquent la rénovation énergétique, au service du bien être des habitant.e.s et usager.e.s. Cette approche globale redonne au bâti existant ses capacités en termes d’habitabilité répondant aux besoins de solidité/sécurité, de confort, de réversibilité et le bien-être.

Réhabiliter est une manière de réinscrire l’architecture dans son cycle naturel, où rien ne se perd et tout se transforme pour mieux répondre aux défis de notre temps.

Soraya Baït-Ihaddadene, Conseillère ordinale de l'Ordre des architectes d'Île-de-France

 

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