3 questions à... Lorenzo Diez, didacticien en architecture

31 Mar 20263 questions à

A l'occasion de la seconde édition des Assises Franciliennes de l'architecture, le CROAIF a souhaité interroger Lorenzo Diez, didacticien en architecture et commissaire de l'événement : 

Vous vous dites didacticien en architecture. C’est nouveau ? Pouvez-vous nous dire en quelques mots ce qu’il en est ?

Ce doit être parce que je viens de soutenir une thèse de doctorat en sciences de l’éducation dont le champs de questionnement est l’enseignement du « projet ». Le « projet » est partout dans le discours des architectes. A tel point qu’il figure dans la loi de 1977 où il est énoncé comme compétence exclusive ; il est également présent dans le code de l’éducation qui énonce que « l’enseignement du projet est au coeur de la formation... ». Durant mes études d’architecture j’ai beaucoup apprécié le « projet » et, au moment de me lancer dans un doctorat sur le tard, j’ai voulu prendre le temps de faire le point sur ce sujet. J’ai été étonné de découvrir que, depuis la mis en place du régime contemporain de l’enseignement de l’architecture dans les années 1970, il y a très peu de recherche sur le « projet » et encore moins sur son enseignement. Ne trouvez-vous pas cela paradoxal ? Ma thèse doit être une des premières à traiter frontalement ce sujet.

Après, lorsque je me dis « didacticien » c’est un peu au-delà de la définition commune qui renvoi aux techniques d’enseignement. Je m’inscris dans les pas de Yves Chevallard qui, avec sa théorie anthropologique du didactique, considère la didactique comme une science. Celle qui étudie les conditions et contraintes sous lesquelles les praxéologies vivent et se transforment au sein des institution. C’est donc un cadre large de la didactique et il me permet de travailler ce qui m’intéresse de longue date à savoir les rapports entre théories et pratiques en architecture. Dans ce champs, cela implique d’étudier les synergies et tensions à l’œuvre au sein de l’ensemble formé par l’enseignement, la profession et la recherche. Et au-delà d’y agir afin d’accompagner la mise en forme d’économies, au sens d’une mise en organisation, au bénéfice des étudiants mais aussi des architectes.

En tant que commissaire des deuxièmes Assises du CROAIF le 8 & 9 avril 2026, quels sont les objectifs que vous poursuivez dans ce cadre ?

Tout d’abord, je remercie le CROAIF de m’avoir proposé d’assurer le commissariat de cet évènement. J’en suis très honoré et j’apprécie de travailler avec les conseillers ordinaux. Après le succès des premières assises en 2025 titrées « l’architecture, des perspectives à dessiner ensemble… », cette année la thématique retenue par l’institution est celle de la valeur de l’architecture. C’est un sujet aussi passionnant que compliqué, voire périlleux. Toutefois j’ai accepté d’y participer car il a une capacité à questionner nos habitudes, à fédérer et potentiellement à faire progresser nos discours et nos actions.

Avec les conseillers, dont je tiens à saluer l’investissement, nous tentons d’inscrire cette thématique de la valeur dans un double questionnement. Dans un sens, c’est celui de la valeur de l’architecture au sein d’un ensemble plus grand de valeurs sociétales ; mais également cette valeur de l’architecture dans une chaine de valeurs économique. Dans l’autre sens, il s’agit de l’architecture comme expression de la culture et donc abritant un système de valeurs qui la définissent et évoluent conjoncturellement : l’usage, la technique, l’esthétique, l’environnement… Je me suis juste permis de rajouter un surtitre à l’évènement : « du projet à la réalisation ». Cela me semble primordial car à force de brandir le « projet » comme un étendard, on en oublie que l’architecture est essentiellement l’art de passer de l’imaginaire au concret.

Pour traiter de tout cela, le principe des « assises » est parfait : ouvrir l’institution à tous les intéressés, architectes ou non ; prendre le temps de travailler collectivement ces notions de valeur en architecture ; proposer des pistes d’actions et poursuivre le perfectionnement des discours.

On entend souvent les architectes se questionner sur l’utilité de leur Ordre. Qu’en pensez-vous ?

Souvent on entend dire que l’Ordre ne fait rien pour les architectes, cela revient régulièrement notamment sur les réseaux sociaux. En schématisant, un système ordinal existe plutôt pour défendre le consommateur et je suis heureux de la présence inédite de l’association UFC-Que choisir aux assises.

C’est en quelques sortes la contrepartie du recours obligatoire à l’architecte institué par la loi de 1977. En échange de cette obligation, l’Ordre garanti au consommateur que le professionnel auquel il s’adresse est formé, assuré et lié par un code de déontologie. Rien à voir avec la défense de tel ou tel architecte ou groupe d’architectes, c’est le rôle des syndicats.

L’histoire de votre Institution est passionnante et l’étudier permet de la comprendre et pourquoi pas de s’en émanciper mais en connaissance de cause. Comme le disait Jean-Pierre Epron, grande figure du renouvellement de la discipline : pour réussir, une profession doit se posséder

Pour aller plus loin, quelques articles à propos de l’architecture et des architectes sur www.lorenzodiez.com

Pour s'inscrire aux Assises Franciliennes de l'architecture (8 et 9 avril 2026) : cliquez ici. 

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